L’Homme ….cet animal raté !? *

« La vraie bonté de l’homme ne peut se manifester en toute pureté et en toute liberté qu’à l’égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test moral de l’humanité (le plus radical qui se situe à un niveau si profond qu’il échappe à notre regard), ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci: les animaux. Et c’est ici que s’est produite la faillite fondamentale de l’homme, si fondamentale que toutes les autres en découlent. »

Milan Kundera – « L’insoutenable légèreté de l’être. »

Je vous laisse savourer ce magnifique texte …qui rappelle à quel point nous autres, l’Humanité , sommes…incroyablement inconsistants vis à vis de nos frères d’évolution, les animaux non humains. Texte et vidéos à méditer donc !

Façonnée par les monothéismes, la société mondialisée confine l’animal à un rang inférieur, souvent à celui des choses, des marchandises et même des souffre-douleurs, des symboles expiatoires. C’est que les mythes fondateurs du monde contemporain intimaient à l’homme de devenir « comme maître et possesseur de la nature », « effroi de toutes les bêtes dont il peut disposer ». Et les prescripteurs antiques d’enjoindre à l’homme de « croître et multiplier, jusqu’à emplir la terre » ! Bref, l’humain  se comporte dans la biosphère, exactement à l’instar d’une cellule cancéreuse dans un organisme…

Ces prescriptions, divinement nocives, fondèrent une civilisation dévastatrice pour la planète, infernale pour les animaux et, par ricochet, pour les hommes eux-mêmes instruits à dominer, asservir, exploiter, éliminer ce qui dérange. Nous assistons, présentement, à une rupture de civilisation générée par les progrès des connaissances en paléontologie, science de l’évolution des espèces, biologie moléculaire, éthologie, écologie qui convergent vers une vérité objective : l’unité du vivant dans la diversité des formes. Longtemps ignorée, la question animale émerge, tant dans la philosophie que dans la vie quotidienne des humains.

La fréquentation des animaux dits de compagnie, la constatation de la raréfaction de la faune, l’industrialisation massive de l’élevage et de l’abattage, la cruauté effrayante de certaines traditions sanguinaires, appellent une remise en cause des dogmes anciens. S’impose, aux esprits de tous, une interrogation critique face à la traditionnelle rupture radicale entre l’humain/animal et les autres espèces. Les brutalités d’employés des abattoirs suscitent de vives réactions dans l’opinion publique, contraignant des ministres, par ailleurs hermétiques à la sensibilité envers les animaux, à réagir, au besoin en faisant fermer des établissements.

Bien qu’encore minoritaire, des contemporains réduisent considérablement leur consommation de viande ou y renoncent totalement et le grand public entend parler du phénomène dit « vegan« , de moins en moins confidentiel. Tout ceci participe d’un mouvement de fond, d’un changement de civilisation auquel s’opposent des forces passéistes dont la chasse, l’élevage, la tauromachie constituent les noyaux durs de réactions violentes parce que vaines. Eu égard au stade d’évolution des connaissances et des mentalités, l’heure est venue d’abolir, par la loi, tous les usages cruels de l’animal à des fins de loisir et de spectacle. Puisque l’animal est un être sensible, ce qui est reconnu quasi-universellement, le temps est venu d’interdire la chasse loisir, la tauromachie et l’utilisation des animaux dans les jeux et spectacles.

Lorsque je qualifie « d’arriération » la chasse et le goût des spectacles de mort, je n’injurie nullement des pratiques, mais les décrit sociologiquement. Tuer pour se distraire, pour jouir de la mort d’un être sensible, relèvent d’une arriération puisque la connaissance et la conscience invitent au respect et à la bienveillance envers cet autrui différent, mais partageant, avec nous, le sort de vivre. Il serait du devoir de l’État de légiférer, conformément aux souhaits d’une majorité de citoyens, en abolissant la mort loisir et la mort spectacle. Bien sûr, l’État ne respectera pas ce devoir de civilisation. Pourquoi ? Parce que les démocraties actuelles ne sont que des leurres, des écrans factices, des illusions entretenues à dessein pour préserver des intérêts très privés.

Combien sont-ils les électeurs, sujets captifs de la propagande insidieuse, à savoir qu’en votant pour Monsieur X, ils optent pour la chasse, la corrida, la fin des services publics, le sacrifice des Droits acquis des petites gens, la mort des loups et des Droits sociaux, la perpétuation des privilèges de la fortune ? La propagande vise à occulter ces faits, ces évidences qu’il faut taire. Ainsi, la question « animale » se trouve indissociablement liée à l’échec actuel de la démocratie.

Merci Gérard Charollois

*Titre emprunté au formidable bouquin de Pierre Jouventin, un must en la matiere !  Et si l’homme n’était pas le sommet de l’évolution, contrairement à ce qu’il se raconte depuis 2 000 ans ? Il n’a pas su prévoir que l’accroissement de la population se ferait plus vite que celui des ressources alimentaires et n’a pas compris qu’il ne pouvait y avoir un développement infini dans un monde fini. Et si ce dont il est si fier et qui fait, paraît-il, sa supériorité sur l’animal – la raison, la culture, le langage et la morale – n’était pas une supériorité, mais une entrave… Si tous ces dons avaient été mal maîtrisés, détournés ? Pourquoi, avec son intelligence, n’a-t-il pas su éviter la surpopulation et l’épuisement des ressources naturelles alors que les animaux se régulent depuis toujours ? Pourquoi, malgré sa technologie et son industrie, se trouve-t-il de plus en plus cerné par les pollutions ? Son orgueil lui a-t-il fait ignorer que les lois de la nature s’appliquent aussi à l’espèce humaine ? Pourquoi Homo sapiens, autrement dit celui qui sait, celui qui a découvert l’agriculture, l’élevage et la civilisation, s’est-il fait piéger par le changement climatique et les conflits politico-religieux qui aboutissent aujourd’hui à des guerres et aux déplacements des populations ? Cette enquête sur notre espèce n’est pas idéologique, mais naturaliste. Elle s’appuie sur les découvertes récentes de la science, particulièrement en écologie, éthologie, évolution génétique et préhistoire. L’homme est-il devenu un inadapté de la nature, un animal raté ?

L’auteur : 

Pierre Jouventin a été pendant quarante ans directeur de recherche en éthologie des oiseaux et mammifères au CNRS et pendant treize ans directeur d’un laboratoire CNRS de terrain en écologie des animaux sauvages. Avec ses collaborateurs, il a décrit cinq nouvelles espèces d’oiseaux, réalisé le premier suivi au monde d’un oiseau par satellite et obtenu la création de la plus grande réserve naturelle de notre pays. Il a effectué de multiples missions de longue durée, aussi bien en Antarctique qu’en forêt équatoriale. Il est l’auteur de deux cent trente communications scientifiques, de cinq films et de quatre essais :
Kamala, une louve dans ma famille, Flammarion ; Les Confessions d’un primate et Trois Prédateurs dans un salon, Belin ; La Face cachée de Darwin, Libre & Solidaire

One thought on “L’Homme ….cet animal raté !? *

  1. Un humanisme basé sur quoi? Quel universel? Dieu, qui se fait bien discret dans le silence de la nuit? Entre les égorgeurs, les affameurs, les pollueurs – l’unité de la condition humaine peut-elle encore fonder quelque chose, je n’en sais rien. Le savoir peut-être. Le savoir et la planète comme nouvel horizon. L’homme en tant que mammifère. Résidu complexe d’une évolution carbonique. Un rot. Une punaise. Il n’y a pas plus de vie dans l’homme que dans une punaise. Autant. Plus de matière mais autant de vie.
    …… tiré du livre « Boussole » de Mathias Enard, paru chez Babel.
    Lu aujourd’hui, même jour que vu ton message de cette semaine.
    Difficile de rester confortablement ingnorant!!
    Merci Fred

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