on n’arrete pas le progrès: la population en surpoids est désormais plus nombreuse que celle souffrant de malnutrition…

Seules deux choses sont infinies: l’univers et la bêtise humaine…Et, pour l’univers, je n’en suis pas sûr ». Albert Einstein

Le monde compte désormais plus d’obèses que de personnes souffrant de malnutrition,  et ceci depuis 2011, a mis en garde la Fédération internationale de la Croix-Rouge.

« Si la libre interaction du marché a abouti à une situation où 15 % de l’humanité a faim tandis que 20 % est en surpoids, il y a quelque chose qui n’a pas marché quelque part », a résumé le secrétaire général Bekele Geleta.

Le mode d’alimentation américain, s’est peu à peu disséminé au rythme de la libéralisation des échanges pour aboutir à une situation inédite : la population en surpoids est désormais plus nombreuse que celle souffrant de malnutrition. Pendant des années, on a vendu la mondialisation comme un remède contre la pauvreté et les maladies infectieuses, mais sans anticiper ses effets pervers à moyen terme dont une pandémie universelle d’obésité. Les causes sont multiples : urbanisation, sédentarisation, désir de reproduire les modes de vie occidentaux. Mais le libre-échange en a été le principal vecteur.

1994 constitue une date-clé. C’est à ce moment que sont signés l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce et l’Accord de libre-échange nord-américain (Aléna). Le premier inclut les produits agricoles dans la dérégulation du commerce mondial, entraînant une baisse spectaculaire des prix des aliments. Des produits transformés à haute teneur en calories deviennent accessibles à des populations dont le régime alimentaire reposait en grande partie sur des productions locales sans ajouts de graisse, de sel ou de sucre. Le second a créé une vaste zone de libre circulation des biens entre le Canada, le Mexique et les Etats-Unis, permettant à ces derniers de trouver de nouveaux débouchés pour leur filière agroalimentaire.

Du jour au lendemain, Canadiens et Mexicains se sont retrouvés sous perfusion de fructose industriel américain.

La consommation quotidienne de sucre des Canadiens a augmenté de 41 kilocalories, entraînant un triplement du taux d’obésité et un doublement des cas de diabète. Au Mexique, les ventes de boissons sucrées y ont été multipliées par trois depuis la signature de l’Aléna, les Mexicains détenant désormais le record mondial de consommation de soda avec plus de 160 litres par an et par personne. Résultat : le diabète est aujourd’hui la première cause de mortalité au Mexique avec 80 000 décès annuels, selon l’Organisation mondiale de la santé.

La perversité du processus est que l’Aléna n’a pas entraîné de hausse des rémunérations au Mexique. Le salaire annuel moyen n’était que de 15 311 dollars en 2016 contre 16 008 dollars en 1994, selon l’OCDE. Les Mexicains n’ont eu d’autre choix que de se porter vers une alimentation industrielle de plus en plus abordable, alors que le prix des produits sains n’a cessé de monter ( LE COCA COLA EST MOINS CHER AU MEXIQUE QUE L EAU !!?) . Quelques années auparavant, on avait observé le même mouvement aux Etats-Unis. Comme le souligne le journaliste Michael Pollan dans son excellent documentaire, Cooked, sorti en 2016 : en l’espace de quarante ans, le prix du soda a baissé de 7 % quand celui des légumes augmentait de 40 %.

Le cas des îles Samoa

Et quand les pays se rendent compte qu’ils font fausse route sur le plan alimentaire, les règles du libre-échange se rappellent très vite à leur souvenir. Le cas des îles Samoa est éclairant. Pendant des années, ce pays a été un gros consommateur de dinde frite, qu’il fallait importer. Jusqu’à ce que les nutritionnistes fassent le lien entre cette nourriture riche en graisse et un taux d’obésité dépassant les 30 %. En 2007, les autorités samoanes ont interdit les importations de dinde. Mais cinq ans plus tard, le petit Etat rejoignait l’Organisation mondiale du commerce, qui obligea les Samoa à lever l’interdiction.

Alors que les tentations protectionnistes s’amplifient, il serait peut-être temps d’adapter le libre-échange, afin d’endiguer ce fléau de la malbouffe en taxant et en arrêtant de promouvoir des aliments que l’on sait nocifs. Contrairement au cochon, dans la mondialisation, tout n’est pas forcément bon…

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