Nous sommes une civilisation d’infirmières sur un champ de bataille qui finance en même temps les canons qui lui tirent dessus…

« Être, penser, croire, ça n’est rien ! Ça n’est rien tant qu’on ne peut pas traduire son existence, sa pensée, sa conviction, en acte ! »

Les Thibault, Roger Martin du Gard

Passages mémorables de l’Itw avec l’ancien conseiller scientifique du commandant Cousteau, l’océanographe François Sarano (maximum respect):

Le plus urgent, c’est de changer de mode de consommation. Il ne faut plus perdre de temps à mesurer les choses. Tout le monde sait exactement ce qu’il ne faut pas faire et tout le monde triche. Macron, Trump… Je ne crois pas qu’un seul dirigeant, ni un seul grand industriel, ne soit pas parfaitement au courant de ce qu’il se passe. Mais soit ils s’en lavent les mains, soit ils gagnent carrément de l’argent dessus. Nous sommes une civilisation d’infirmières sur un champ de bataille qui finance en même temps les canons qui lui tirent dessus.

« Les politiques n’ont plus de vision, ce sont aujourd’hui de simples représentants de commerce »

Dès la conférence de Rio en 1992, tout le monde disait « ça y est, on a compris ». Des tas de gens avaient compris bien plus tôt mais la prise de conscience officielle des dirigeants date de ce moment. Si vous lisez ce que Bush père a signé sur les océans et les forêts à ce moment là, vous en tombez par terre. Sans parler ensuite des grandes tirades de Chirac à Johannesbourg : « Notre maison brûle et on regarde ailleurs ». On a alors fait l’Agenda 21, fait de grandes promesses… Tout le reste, depuis, n’est que du bégaiement.

Ces grands raouts internationaux vous semblent donc inutiles ?

Le consumérisme est encouragé en permanence. Macron nous demande de consommer pour assurer la croissance. Est-ce qu’il noue parle en citoyen ? Non, ce n’est plus un mot à la mode. On nous parle en « consommateurs », on promet du « pouvoir d’achat », de « nouveaux marchés » et de « relancer la croissance ». Les politiques n’ont plus de vision, ce sont aujourd’hui de simples représentants de commerce. Tant qu’on aura pas changé violemment de philosophie, emprunté une autre direction, qui ne soit pas accumulatrice, peut-être plus contemplative, rien ne changera fondamentalement. Et votre successeur interviewera mon successeur pour lui demander ce qui a foiré…

« Une rencontre avec un animal sauvage, ça vous prend aux tripes. L’achat d’un nouvel iPhone, je ne crois pas »

Le combat est d’abord philosophique avant d’être politique ?

Si l’on ne veut plus que le CO2 acidifie les océans ou que les animaux meurent l’estomac rempli de plastiques, il faut consommer moins. La seule chose qui peut permettre le changement, c’est que nous nous demandions d’où vient notre bien-être, ce que nous cherchons tous. Arrêtons de confondre le mieux être avec l’accumulation de biens matériels. Nous n’avons jamais été aussi riches : si la course au « toujours plus » avait le moindre sens, ça signifierait que toutes les générations précédentes étaient extrêmement plus malheureuses que nous, ça n’a pas de sens. Le pétillement et le bien-être sont dans les relations sociales plus que dans les smartphones ou les voitures. Une rencontre amicale ou avec un animal sauvage – quand il en reste – ça vous prend aux tripes, au coeur, ça vous marque pour toujours. Je ne crois pas qu’un nouvel iPhone ou un nouveau frigo procure les mêmes émotions. Pour agir dans un champ plus politique, chacun devrait s’engager dans une association sociale ou environnementale. Ça permettrait de renforcer les contre-pouvoirs. C’est ce que nous faisons avec Longitude 181, qui se veut « la voix de l’océan ». S’engager c’est déjà changer de philosophie. 

Pour sensibiliser les citoyens aux enjeux environnementaux, vous plaidez aussi pour un contact direct avec la nature. Comment concilier ce maintien d’un lien avec l’environnement et le besoin de protéger, voire de sanctuariser les écosystèmes ?

Je suis contre l’idée de tout mettre sous cloche. Les grands parcs nationaux et les réserves sont formidables pour peu qu’on les respecte et qu’on puisse aller voir les choses, sans les prélever. Je crois profondément, dans mes tripes, qu’il faut aller au contact pour nous rendre compte par nous-mêmes, physiquement, de tout ce que peut nous apporter la vie marine. Moins vous avez de relations avec les gens ou avec les animaux sauvages, plus vous les fantasmez, et moins vous savez interagir avec eux. De la même manière qu’on peut être mal à l’aise avec ses voisins de culture ou de religion différente, moins les gens sont en contact avec les cétacés ou les requins, et plus ils les fantasment.

« La seule chose qui peut différencier l’humanité, c’est le respect qu’on accorde aux autres, et à soi-même »

Il faut aller au contact physique pour atteindre ce moment magique qui s’appelle l’apprivoisement, quand deux êtres sont en contact mutuellement bénéfique, sans asservissement, même s’il n’y a pas de compréhension directe. C’est le respect que nous accordons aux autres colocataires de la planète qui fait notre humanité. Nous ne sommes pas les plus forts ni les plus vieux. La seule chose qui peut différencier l’humanité, c’est le respect qu’on accorde aux autres, et à soi-même.

Une autre stratégie, pour protéger l’océan, consiste à mettre en valeur l’intérêt économique de sa préservation, à évoquer l’intérêt scientifique et technique qu’il y a à préserver sa diversité génétique, encourager le biomimétisme…

C’est une vision purement utilitariste des choses. L’atout utilitaire est le pire des filtres. Les vieux et les chômeurs ne sont pas utiles. Si vous passez l’humanité au crible de l’utilité, vous et moi n’allons pas tarder à être remplacés. Ce sont les choses inutiles qui font l’essence de la vie et qui sont indispensables. Plutôt que de se demander à quoi les choses sont utiles, demandons-nous : à qui pouvons-nous être utiles ? Trouver de nouvelles molécules aux propriétés pharmacologiques dans l’océan est utile à la survie, mais c’est la relation au quotidien qui est importante pour la vie. Un regard, une discussion, la reconnaissance sociale sont les choses vraiment essentielles. Je ne plonge pas pour aller voir les cachalots parce que c’est utile, mais parce que les rencontrer me comble de paix. J’ai envie de communiquer cette paix, cette sérénité, ce bien-être. On doit tendre vers ça.

ITW intégrale de ce grand monsieur…à reflexionner d’urgence !

https://m.usbeketrica.com/article/rencontrer-un-animal-sauvage-ca-prend-aux-tripes

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