CQFD: Peut on encore croire aux bienfaits de notre très cher capitalisme !?

«Le socialisme s’est effondré parce qu’il n’autorisait pas le marché à dire la vérité économique; le capitalisme va s’effondrer parce qu’il ne permet pas au marché de dire la vérité écologique» réflexion d’un dirigeant d’ExxonMobil ( vraiment 😉

Voici le postulat que nous allons démontrer : Aucune des principales industries de la planète ne serait rentable …si elles avaient à payer pour le capital naturel qu’elles sur exploitent.

C’est là le constat pour le moins surprenant / ébouriffant d’une étude réalisée en 2013.  Pour plus d’information, consultez le rapport « NATURAL CAPITAL AT RISK : THE TOP 100 EXTERNALITIES OF BUSINESS » publié en 2013 par Trucost et le TEEB (The Economics of Ecosystems and Biodiversity) et soutenu par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). Ce rapport cadre le capital naturel non valorisé mais bel et bien consommé par les principaux secteurs industriels dans le monde.

Pour rappel, le capital naturel se réfère à tous les produits et services que nous livre la nature. Cette notion s’adjoint à la notion de capital productif en prenant en compte les produits tels que le pétrole, le bois, les fibres, les céréales, etc. que nous consommons et qui sont valorisables mais également les services gratuits fournis par la nature et dont nous bénéficions tels que : de l’eau propre, des sols fertiles ou encore une atmosphère stable, etc.

La notion de «externalités» est devenue familière dans les milieux environnementaux…mais quid des autres !?

Dans cet article, elle se réfère à des coûts causés par les entreprises mais qui ne sont pas payés par ces dernières. Par exemple, les procédés industriels peuvent émettre des polluants dans l’air ayant des effets néfastes pour la santé publique et qui augmentent les coûts pour notre sécurité sociale. Trop souvent encore ce sont les autorités publiques, et non pas les entreprises polluantes, qui en portent le fardeau. De cette façon, les entreprises privatisent les profits et relèguent une partie des coûts de leur activité aux pouvoirs publics et donc, in fine, à nous tous.

Cette notion est incroyablement utile, puisqu’elle permet d’intégrer plus aisément des préoccupations environnementales dans l’économie. Bien qu’un degré de prudence s’impose, si nous prenons l’idée au sérieux, et non seulement comme un phénomène ou outil de comptabilité, mais comme une description en profondeur des pratiques humaines actuelles, ses implications sont révolutionnaires. De prime abord, il n’est pas évident de donner une valeur à ces services et il faut pour se faire une méthodologie spécifique qui est construite sur de nombreuses hypothèses. Ce qui est important à nos yeux ici, ce n’est pas de se braquer sur les éventuelles incertitudes dans la méthodologie mais bien de voir le résultat de la méthodologie comme un indicateur important et outil d’aide à la décision. Car une chose est certaine, nos faits et gestes ont et auront des conséquences sur la nature et irrémédiablement sur notre bien-être à tous.

Voici comment, selon l’étude (données de 2012), les coûts se décomposent : La majorité des coûts sur notre capital naturel sont des émissions de gaz à effet de serre (38%), suivie par l’utilisation de l’eau (25%), l’utilisation des terres (24%), la pollution de l’air (7%), la pollution des terres et la pollution de l’eau (5%), et nos déchets (1%).

Alors, combien est-ce que cela nous coûte finalement? Les résultats sont les suivants. Premièrement, d’un point de vue économique, les 100 plus grands risques environnementaux représentent près de €4.200 milliards par an en termes de coûts environnementaux et sociaux dûs à la dégradation/perte de services écosystémiques. Deuxièmement, le charbon est, si l’on peut dire, l’ennemi numéro un de l’Homme.

Le coût le plus important pour l’environnement? Le gaz à effet de serre provenant de la combustion du charbon en Chine. Mais cela nous montre aussi le cauchemar de la déforestation en Amérique-Latine qui vient en seconde place avec un ratio d’impact de 18,7 !

Finalement, et conclusion alarmante de l’étude, parmi le top 20 des secteurs d’activité par région, aucun ne serait rentable si les coûts environnementaux étaient pleinement intégrés. Aucun des principaux secteurs industriels du monde ne serait rentable si elles payaient leur impact environnemental global…!??

Cela appelle donc  à un changement radical de notre façon de production et de notre façon de mesurer notre croissance. La pression de notre activité économique sur nos ressources naturelles étant devenue telle que le PIB (produit intérieur brute) est devenu un indicateur obsolète. Le rapport indique clairement que ce qui se passe aujourd’hui est bien plus que quelques oublis comptables ici et là. Cependant, une source d’espoir vient de la prise de conscience naissante que la nature est essentielle pour le développement économique. Le message est clair : sans la nature, l’économie n’est rien. Des progrès sont déjà en cours et la conférence sur le climat à Paris (COP21) en fin d’année accélèrera peut-être le rythme mais la distance entre le tissu économique d’aujourd’hui et un tissu économique véritablement durable est encore grand. Il est urgent qu’on cesse de dilapider notre capital naturel au profit d’un système qui travaille avec la nature au lieu de l’exploiter. De nombreuses études démontrent qu’investir dans nos infrastructures naturelles est souvent économiquement plus intéressant qu’investir dans des infrastructures grises traditionnelles (World Resources Institute).  Ce qui est nécessaire, c’est non seulement une meilleure mesure, mais aussi un nouveau système industriel mondial, une nouvelle façon de produire qui garantit le bien-être humain aujourd’hui et demain.

Cela peut sembler naïf d’espérer cela mais nos entreprises peuvent y gagner gros.  La conclusion de l’étude démontre que les entreprises qui parviendront à adapter leurs business modèles (et certaines l’ont déjà fait) auront une opportunité de gagner un avantage concurrentiel important. Elles disposeront d’entreprises plus résilientes et parviendront à maintenir leur croissance sans affecter l’environnement.

Merci à  Eric Dierckx    Managing Director de Naturalogic

   

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *