Confortablement Ignorant

Une conférence, un livre et un blog pour…ne pas le rester !

CQFD: votre microbiote est votre meilleur antidote contre le cocovirus & tous ses copains…

« Le médecin du futur ne donnera pas de médicaments ; il formera ses patients à prendre soin de leur corps, à la nutrition et aux causes et à la prévention des maladies ».

Thomas A. Edison, inventeur du phonographe, 1903

Emotions & santé: tout dépend de votre microbiote  ou pourquoi les peuples premiers ont une bien meilleure santé que nous autres en occident…

Qu’est-ce que la diversité du microbiote ?

La diversité exprime le nombre d’espèces de bactéries présentes dans votre intestin. Ces espèces peuvent être actives ou non. Une diversité bactérienne importante est souvent associée au bon fonctionnement de l’organisme et aide à rester en bonne santé. Celle-ci permet notamment d’améliorer le système immunitaire et d’éviter les agressions d’agents pathogènes.

Pourquoi tester la diversité de son microbiote ?

Une faible diversité du microbiote intestinal représente d’après Stanislav Dusko Ehrlich, Professeur émérite de microbiologie à l’INRA, une menace pour la santé : « Les études scientifiques récentes s’accordent sur une perte de la biodiversité du microbiome intestinal dans les pays industrialisés, menaçant également ceux qui sont en passe de le devenir. Chez les individus occidentaux, elle est associée au risque de développer des maladies chroniques graves, comme le diabète, les maladies hépatiques, cardiovasculaires et même certains types de cancer. » Mais également l’asthme, les allergies, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, l’autisme et d’autres troubles mentaux.

L’analyse du microbiote  met en évidence la perte de diversité, le premier pas indispensable pour la combattre, de préférence par une nutrition appropriée aux personnes à risque. Elle pose ainsi la base pour contrecarrer ce fléau largement inconnu qui nous menace tous. L’analyse du microbiote intestinal met en avant les points forts et les points faibles de chacun, afin d’agir positivement dessus grâce à des conseils alimentaires. En adaptant son alimentation à la singularité de son microbiote et à ses besoins, on peut significativement améliorer certains troubles digestifs, réguler son poids, prévenir de certaines maladies et renforcer son système immunitaire.

Un article récemment paru dans la revue Lancet documente l’extraordinaire santé cardiovasculaire des Chimane, un peuple aborigène de l’Amazonie bolivienne.

Les chercheurs ont observé que la grande majorité des Chimane (85 %) avaient un score calcique de 0, c’est-à-dire qu’ils ne présentaient aucun signe d’athérosclérose et avaient, du même coup, un risque quasi nul de maladie coronarienne, 15 % avaient un score calcique inférieur à 100 (faible risque) et seulement 3 % avaient un score supérieur à 100 (risque modéré). Ces faibles scores calciques sont même observés à des âges avancés, avec 65 % des Chimane âgés de 75 ans et plus qui ne présentaient aucun risque de maladie coronarienne, soit 4 fois plus qu’en Amérique du Nord. De toutes les populations étudiées jusqu’à maintenant, les Chimane sont ceux qui présentent la plus faible détérioration des vaisseaux sanguins au cours du vieillissement :  les auteurs estiment que le développement de l’athérosclérose est retardé d’environ 25 ans chez les Chimane comparativement aux Nord-Américains, ce qui signifie en pratique que les vaisseaux sanguins d’un Chimane de 80 ans ont le même âge que ceux d’un Américain dans la cinquantaine.  Pas étonnant que l’infarctus du myocarde soit une maladie totalement inconnue chez ces indigènes !

Le mode de vie très particulier des Chimane est sans doute le grand responsable de cette incidence remarquablement faible d’athérosclérose et de maladie coronarienne.  Tout d’abord, ils sont très actifs : les Chimane peuvent parcourir jusqu’à 18 km par jour à la recherche de gibier et de végétaux, et ils n’utilisent aucun outil mécanique pour se frayer un chemin dans la jungle ou encore défricher le sol pour planter les semences des plantes qu’ils cultivent, comme le maïs. En conséquence, on estime que moins de 10 % des heures d’éveil sont consacrées à des activités sédentaires, comparativement à plus de 55 % en Amérique du Nord. Étant donné le rôle protecteur bien documenté de l’exercice sur la prévention des maladies coronariennes, il n’y a aucun doute que le niveau élevé d’activité physique quotidienne des Chimane contribue à leur santé cardiovasculaire exceptionnelle.

Du point de vue alimentaire, le régime quotidien des Chimane est composé à 72 % de glucides complexes (plantain, manioc, riz, mais, noix, fruits), 14 % de protéines (provenant principalement du gibier sauvage) et de seulement 14 % de gras (4 % de gras saturés).  Il s’agit donc d’une alimentation très faible en gras et en sucres ajoutés, similaire à celle adoptée par plusieurs populations reconnues pour leur longévité exceptionnelle (Okinawa, par exemple), mais qui est complètement différente de celle des Nord-Américains (33 % de gras, 51 % glucides). Plusieurs études (celles de Dean Ornish en particulier) ont clairement montré que la consommation régulière de végétaux, combinée à un apport faible en gras saturés, est très efficace pour prévenir le développement des maladies cardiovasculaires et il est donc probable que ce type d’alimentation contribue lui aussi à la faible incidence de maladie coronarienne observée chez les Chimane. Malheureusement, l’alimentation traditionnelle des Chimane est présentement en mutation en raison d’une plus grande accessibilité à divers additifs alimentaires (sucre raffiné, huiles végétales, sel), ce qui eu comme effet d’augmenter l’apport calorique et l’indice de masse corporelle de la population au cours des dernières années.   Il est probable que cette acculturation alimentaire hypothèquera dans le futur l’exceptionnelle santé cardiovasculaire des Chimane, tel qu’observé pour d’autres peuples aborigènes d’Amérique Latine  comme les Suruí du Brésil et les Toba/Wichí d’Argentine.

En attendant, plusieurs ne,facteurs de risque de maladies cardiovasculaires comme le tabagisme, l’obésité, l’hypertension, l’hyperglycémie et l’hypercholestérolémie sont encore très rares chez les Chima ce qui montre à quel point un mode de vie sain peut agir sur l’ensemble des phénomènes qui contribuent au développement de l’athérosclérose.

Reminder: On ne va pas tous mourrir du coco !! Des recherches récentes ont révélé que certains facteurs sociaux, environnementaux et de style de vie peuvent favoriser l’inflammation chronique systémique (SCI) qui peut, à son tour, conduire à plusieurs maladies qui représentent collectivement les principales causes d’invalidité et de mortalité dans le monde, comme les maladies cardiovasculaires, cancer, diabète sucré, maladie rénale chronique et troubles auto-immunes et neurodégénératifs…bien sur, avoir un des ces maladies vous rendra plus fragile face au coronavirus. Tout est lié !

Au lieu de s’acharner à traiter les effets des mauvaises habitudes de vie (hypertension, excès de cholestérol ou encore hyperglycémie) à l’aide de médicaments, comme c’est le cas actuellement, on aurait donc avantage à s’inspirer des Chimane et de s’attaquer en priorité aux causes responsables de ces désordres, soit la mauvaise alimentation et la sédentarité.  

Ceci est d’autant plus important que de simples modifications à ces habitudes de vie peuvent non seulement améliorer la santé cardiovasculaire, mais également prévenir le développement d’autres maladies chroniques liées au vieillissement comme le diabète de type 2, plusieurs types de cancers ainsi que les démences.

Cardiologue et Directeur de la prévention, Institut de Cardiologie de Montréal. Professeur titulaire de clinique, Faculté de médecine de l’Université de Montréal. / Cardiologist and Director of Prevention, Montreal Heart Institute. Clinical Professor, Faculty of Medicine, University of Montreal.

Certains indigènes d’Amazonie possèderaient le microbiote le plus riche et diversifié jamais observé chez des humains…

Les Indiens Yanomami, demeurant au fin fond de la forêt amazonienne du Venezuela, possèdent la collection de bactéries la plus diversifiée jamais identifiée chez un être humain. Certaines d’entre elles n’avaient d’ailleurs jamais été découvertes jusqu’alors, selon une étude parue

Les Indiens Yanomami, demeurant au fin fond de la forêt amazonienne du Venezuela, possèdent la collection de bactéries la plus diversifiée jamais identifiée chez un être humain. Certaines d’entre elles n’avaient d’ailleurs jamais été découvertes jusqu’alors, selon une étude parue dans Science Advances. Plusieurs de ces nouveaux microbes auraient un effet positif sur la santé, par exemple, la protection de leurs porteurs face aux calculs rénaux.

Les membres de cette tribu semi-nomade habitent depuis des milliers d’années une zone montagneuse reculée du sud du pays. Ils n’étaient jamais entrés en contact avec la civilisation occidentale jusqu’en 2008, lorsqu’un hélicoptère de l’armée vénézuélienne repéra leur village. Dès que la microbiologiste María Gloria Domínguez-Bello, de l’ École de Médecine de l’Université de New-York, eu vent de cette nouvelle, elle demanda l’autorisation d’étudier cette population avant qu’elle n’eut accès à la nourriture et au mode de vie occidentaux et finisse, peut-être, par perdre sa diversité microbienne.

Un an plus tard, une équipe médicale atterrissait au beau milieu de la jungle afin de prélever des échantillons de selles, peau et bouche de 34 volontaires âgés de 4 à 50 ans. Ces prélèvements ont été envoyés aux États-Unis, où Mme Domínguez Bello, coauteure de l’étude, et son équipe ont séquencé et analysé l’ADN microbien qu’ils contenaient. Ils ont ensuite comparé les résultats à ceux d’un groupe de citoyens des États-Unis ainsi qu’à ceux d’un groupe d’habitants d’un autre village indigène de l’Amazonie vénézuélienne, les Guahibo, et d’un troisième groupe issu d’une commune rurale du Malawi, au sud de l’Afrique (ces deux dernières populations ayant un certain degré d’exposition à un mode de vie et une alimentation plus similaires aux Occidentaux).

Les chercheurs ont découvert que le microbiote des Yanomami était pratiquement deux fois plus diversifié que celui des Américains, et de 30 % à 40 % plus varié que celui des Malawites et des Guahibo. « Cette découverte semble suggérer que le mode de vie moderne influence la biodiversité de notre microbiote ; nous perdons probablement des fonctions qui nous sont nécessaires, par exemple, l’entrainement adéquat de notre système immunitaire pendant l’enfance », souligne Domínguez-Bello.

La communauté composée de cent-mille-milliards de bactéries logée dans nos intestins, soit notre microbiote, joue un rôle essentiel dans la santé humaine. Elle contribue, entre autres, à la digestion des aliments et à l’entrainement et la mise en place de notre système immunitaire. Des études préalables ont associé une diversité microbienne moindre ou l’absence de certaines bactéries à l’augmentation, au cours des dernières décennies, des maladies auto-immunes et métaboliques, de l’asthme à la maladie de Crohn, en passant par le diabète de type 1 ou l’obésité, des pathologies très courantes dans les sociétés occidentales et à peine présentes dans les pays non industrialisés.

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« L’étude des populations isolées comme celle des Yanomami constitue une excellente occasion de faire la lumière sur les bactéries qui nous manquent et celles que nous sommes en train de perdre, et la façon dont ce phénomène influence notre santé. Par exemple, ces tribus n’ont recours ni aux antibiotiques ni aux césariennes, deux éléments directement liés à la diminution du nombre de bactéries, d’où l’importance de mieux connaitre le microbiote de cette communauté indigène de chasseurs-cueilleurs avant qu’il ne soit altéré » , explique María Gloria Bello-Domínguez.

Au cours de leurs analyses, les scientifiques ont découvert que les Yanomami, outre une plus grande diversité en général, comptaient une grande quantité de bactéries Prevotella, Helicobacter, Oxalobacter et Spirochaeta, à peine présentes chez les résidents des pays au mode de vie occidental. Ils se sont alors penchés sur les fonctions qu’exerçaient ces microorganismes et ont découvert que certains d’entre eux avaient un effet protecteur, comme Oxalobacter, par exemple, qui pourrait même empêcher la formation de calculs rénaux.

À leur grande surprise, ils ont également constaté que le microbiote des membres de cette tribu comptait des gènes résistants aux antibiotiques, y compris ceux de dernière génération, et ce malgré n’avoir jamais ingéré de médicaments ni avoir consommé d’animaux traités pharmacologiquement. « Ils possèdent les gènes de résistance, mais ceux-ci ne sont pas exprimés, ce qui nous conduit à penser qu’ils assurent sans doute d’autres fonctions. Mais nous ignorons encore lesquelles », signale Mme Domínguez-Bello. Les auteurs de l’étude ont déduit que ces gènes pouvaient provenir de l’échange entre les bactéries du microbiote des indigènes et celles présentes dans leur environnement, qui contiennent également ces gènes.

Selon Mme Domínguez-Bello, « dans les sociétés occidentales, nous avons perdu cette diversité. Il devient donc nécessaire d’étudier ces groupes pour savoir ce que nous avons perdu, quelles étaient les fonctions des microorganismes disparus, et la manière de retrouver un microbiote sain ». « Maintenant, le défi à relever est d’identifier les éléments de ce microbiote détruit qui sont essentiels au maintien d’une bonne santé, à un système immunitaire bien entrainé et à un système métabolique salutaire », conclut la scientifique.

Surprise, la grippe dépend aussi de notre microbiote…

https://www.sciencesetavenir.fr/sante/grippe-des-surinfections-bacteriennes-liees-a-des-perturbations-du-microbiote-intestinal_142169

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