Quelques idées utopiques ajd qui deviendront incontournables …demain !

Ceux qui prétendent détenir la vérité sont ceux qui ont abandonné la poursuite du chemin vers elle. La vérité ne se possède pas, elle se cherche.  Albert Jacquard

On va parler de nos croyances : l’éducation, la concurrence, notre feu croissance et donc de notre magnifique  système qui  ne choisit pas les meilleurs mais les plus conformes…

Instructif non ?

Les annonces sur la baisse de la croissance se succèdent, annonciatrices de temps difficiles. Chercher à faire remonter le PIB, est-ce la solution ? De nombreux économistes pensent qu’une telle politique n’a plus aucun sens. L’un d’entre eux, Timothée Parrique, auteur d’une thèse sur la décroissance, nous explique au contraire pourquoi nos dirigeants perdent du temps, crispés sur un modèle dépassé alors que la crise constitue l’opportunité, et peut-être notre dernière chance, d’inventer l’économie dont la planète et nous-mêmes avons besoin.

L’OCDE prévoit moins 5,5 % de croissance pour le 1er trimestre 2020 en France. La dépression qui va peut-être suivre constitue-t-elle une nouvelle base pour créer une économie qui allie impératifs écologiques et bien-être humain ?

Ce qu’il faut faire, ce n’est pas mettre l’économie en pause, c’est la transformer. Profitons de cette phase de récession pour comprendre que le système capitaliste est à bout de souffle. Une économie centrée sur la croissance n’est pas écologiquement soutenable, que ce soit en termes de consommation de ressources naturelles ou d’impacts environnementaux. L’opportunité, c’est qu’effectivement, la pandémie nous permette de nous réveiller, et de comprendre que la santé sociale et écologique devrait passer avant la croissance du PIB. C’est l’idée de la post-croissance.

A partir de la minute 11...

Renoncer aux objectifs écologiques pour doper le PIB, même temporairement, ce n’est donc pas la bonne voie à emprunter ?

Ce serait une grave erreur. Posons-nous la question : pourquoi vouloir grossir l’économie ? Empiriquement, cela augmente les inégalités, ça ne réduit pas la pauvreté, et ça n’augmente pas non plus le bien-être. On n’est pas plus heureux lorsqu’on passe de l’iPhone 8 à l’iPhone 10. Au contraire, le consumérisme à outrance poussé par la publicité a pour conséquence le culte du matérialisme qui n’engendre pas le bonheur mais la jalousie et la frustration. Quant à l’emploi, on peut très bien en créer sans croissance, par exemple à travers la réduction du temps de travail. Alors si en plus, ça détruit l’environnement – à quoi bon. La croissance économique, ce n’est pas du développement, c’est de l’obésité.

Si le PIB est dépassé, quel indicateur nouveau pourrions-nous alors prendre comme étalon ?

Depuis la loi Sas de 2015, le gouvernement doit évaluer ses politiques publiques avec 10 indicateurs sociaux et environnementaux, et cela tous les ans. Est-ce vraiment pris en compte ? On ne dirait pas. Peut-être devrions-nous nous inspirer d’autres pays comme le Bhoutan et son « Bonheur National Brut » ou la Nouvelle-Zélande, qui l’année dernière a annoncé la mise en place d’un « budget bien-être. ». La moindre des choses à faire, ce serait de soustraire les coûts de la croissance du calcul du PIB, mais même cela n’est pas fait. Les indicateurs sont là, il y en a des dizaines, et cela depuis les années 1970. Maintenant, il ne reste plus qu’à les utiliser.

Pourquoi les indicateurs différents du PIB, comme l’indice de développement humain (IDH), n’ont-ils jamais été utilisés ?

Certains parlent de problèmes méthodologiques, de complexité et d’ignorance. Il y a aussi les habitudes, qui sont difficiles à changer. Le PIB est devenu un indicateur clé pour les comparaisons internationales ; difficile pour un pays tout seul d’abandonner un cadre de comptabilité nationale internationalisée depuis 1953 ! Il y a aussi autre chose : si la croissance est un vecteur d’inégalité, une réalité empirique bien montrée par Thomas Piketty, cela veut dire que certains acteurs ont intérêt à défendre la machine à croissance. Le pire, c’est que ce désir de croissance est devenu une sorte d’idéologie : la croissance, c’est bien. Ce sens commun est difficile à déconstruire, cela nécessiterait une « décolonisation de l’imaginaire », comme disent les partisans de la décroissance. Le mouvement est en marche car on en parle de plus en plus – mais il faudrait accélérer car le sablier climatique, lui ne nous attends pas.

L’effort à faire du côté du consommateur, on le sait, c’est la sobriété. Nous avons tous commencé à devenir sobres pendant le confinement. Quels comportements de consommateurs devrions-nous garder de cette période ?

Prendre moins sa voiture, beaucoup moins l’avion, télé-travailler au moins une partie de la semaine, manger moins de viande, passer aux énergies propres : ce sont de petits changements qui sont bons pour la planète, la santé et le porte-monnaie. Vivre plus lentement, passer plus de temps avec ses proches, la « simplicité volontaire » en un mot, cela peut devenir une source d’épanouissement. Cela est nécessaire mais pas suffisant : c’est la manière de produire qui doit changer, sous l’impulsion de politiques publiques, par exemple pour soutenir le développement de l’Économie Sociale et Solidaire. Et pour certaines activités de production les plus polluantes, il faudrait un « confinement climatique », une décroissance organisée et maitrisée des secteurs néfastes.

« tout le monde est un génie ; mais si vous jugez un ...

Justement, alors que l’État distribue des aides aux secteurs aérien et automobile, quelles contreparties devrait-il exiger ?

Il faut au minimum subordonner les aides à une baisse des émissions carbone. France Stratégie estime une « valeur sociale du carbone » à 250 euros la tonne à l’horizon 2030. Si nous accordons des aides publiques, il faudrait les adosser à un engagement précis de réduction carbone. La priorité ne devrait pas être le rafistolage d’un système obsolète, ce devrait être d’investir dans l’économie de demain – une économie à échelle humaine en harmonie avec la nature qui l’entoure.

Comment expliquer que le secteur financier ne s’empare pas de ces nouveaux investissements ?

Les marchés financiers maximisent le retour sur investissement. Ils regardent les taux de profit les plus hauts. Le problème, c’est que ces taux, dans l’Économie Sociale et Solidaire, sont faibles. Donc, les innovations sociales et écologiques se retrouvent à sec. Aujourd’hui encore, investir dans l’automobile rapporte plus à court terme. Et même si cela nous mène à la catastrophe, ceux qui prennent ces décisions savent qu’ils sont également les plus protégés par rapport à ce qui nous attend. La solution : mobiliser l’épargne privée en régulant la finance, par exemple avec des critères plus stricts d’ « Investissement Socialement Responsable ». Mais surtout, mobilisons l’investissement public. Nous le faisons déjà, mais nous le faisons mal car les liquidés que les plans de relance mettent sur la table bénéficient aux secteurs que l’on voudrait voir disparaitre. Ce qu’il faut, c’est flécher l’investissement en fonction d’objectifs sociaux et environnementaux, en oubliant ce vieil indicateur qu’est le PIB.

Les aides proposées par le gouvernement aboutiront-elles, sans qu’on le dise encore, à mettre en place un revenu universel de base ?

En tant que solution d’urgence, pourquoi pas. Le problème, c’est qu’on risque de renforcer l’économie traditionnelle et que beaucoup de ces revenus seront captés par des secteurs néfastes. Personnellement, je préfère l’idée d’un « Universal Basic Services » : garantir un accès gratuit à un panier de biens comme le transport de proximité, le logement, où les télécommunications. Ou sinon, on pourrait aussi donner un revenu de base en monnaie complémentaires, ce qui permettrait à la fois de réduire son coût pour l’État, de stimuler l’Économie Sociale et Solidaire, et de démocratiser l’économie – c’est la proposition d’une « Dotation Inconditionnelle d’Autonomie ». Allions le social et l’écologique : plus que d’un revenu de base, nous avons besoin d’un « revenu de transition écologique » qui permettrait à tous de satisfaire leurs besoins sans mettre en péril la planète.

Propos recueillis par Sophie Noucher

« Le système ne choisit pas les meilleurs, il choisit les plus conformes, c’est dangereux »

A voir : des propositions concrètes pour réorganiser différents secteurs. Le Shift Project, groupe de réflexion sur la transition écologique présidé par l’ingénieur Jean-Marc Jancovici, également membre du Haut Conseil pour le Climat, propose, à partir du 27 mai, plusieurs webinaires esquissant un plan de transformation de l’économie française. Premier volet : le secteur aérien :https://theshiftproject.org/article/video-conference-avenir-aerien/

Notre pathétique civilisation de la distraction

C’est un philosophe qui met les mains dans le cambouis. En 2001, il claquait la porte d’un think tank à Washington, qui le payait pourtant grassement, parce qu’il n’en pouvait plus de voir sa pensée appauvrie et muselée. Alors il est devenu réparateur de motos. Et il a écrit un premier essai, devenu un best-seller, L’Eloge du carburateur (La Découverte, 2010), qui revalorisait le travail manuel par rapport aux nouveaux métiers de «l’économie du savoir». Aujourd’hui chercheur à l’Université de Virginie, il a gardé sa boutique de réparation. Matthew B. Crawford donne l’image d’un «type cool». Il porte des chemises de bûcheron et des pulls à capuche. Une fois par semaine, il enfile sa combinaison de motard et part rouler à 100 kilomètres à l’heure sur les routes des environ de Charlottesville, Virginie. Cela ne l’empêche pas d’être en même temps un intellectuel de pointe, et de remettre en question la façon dont notre attention a été peu à peu transformée en marchandise.

Consumériste capitaliste

Son second traité, Contact, paraît ces jours-ci à La Découverte et livre de saisissantes analyses d’un monde où la concentration est devenue une denrée rare. Prenez une situation toute bête, même si elle est plus extrême aux Etats-Unis qu’en Europe. Vous êtes assis dans un aéroport. Vous voilà «incapable d’échapper au bavardage d’une chaîne d’information», diffusée sur un écran de télévision. Même si le son est coupé, les stimuli visuels happent sans cesse votre regard. Le consumérisme capitaliste occupe le moindre espace vide, à commencer par le gobelet de café que vous venez d’acheter en attendant votre vol ou le casier dans lequel vous avez déposé vos effets personnels, avant de passer le portail de sécurité. Ne pas être interpellé est un luxe et il faudra payer la classe affaires pour accéder à un salon feutré, à une oasis de quiétude.

Pourquoi ne pas exiger un droit à l’attention, en faire un bien commun? s’interroge le philosophe. La qualité de silence disponible, sans ce «brouillard» composé de sollicitations parasites, participe à notre capacité créatrice. Et donc au PIB d’un pays, extrapole Matthew B. Crawford avec ironie. Comme un obèse en quête de sa dose de sucre, nous cherchons notre dose quotidienne de distraction, notamment sur le fil de courriels et de posts sans cesse dévidés sur l’écran de notre téléphone portable. «Sans quoi nous nous sentons nerveux, irritables. Presque affamés.» Face à cette «agression traumatique d’origine culturelle et technologique», la cohérence de notre «moi» est menacée.

Soupe musicale

Crawford donne d’autres exemples: la soupe musicale diffusée dans les fitness, qui n’est choisie ni par le personnel ni par les clients, mais par des gestionnaires de l’attention qui orientent nos choix à distance. Ou les casinos, lieux conçus selon une perverse science de la cognition, qui poussent les joueurs à l’épuisement. Coupés du monde réel, vibrionnant de flashes, les casinos sont pour le philosophe le plus beau symptôme de notre ère de la distraction: des machines à transformer les citoyens en consommateurs boulimiques. Jusqu’à la ruine.

Pour résister, il faudrait commencer, selon Matthew B. Crawford, par remettre en cause la conception anthropologique des Lumières. Il ne parle pas des Lumières françaises, Diderot, Voltaire. Non, il en veut à Kant. Il lui fait endosser la responsabilité de notre crise contemporaine de l’attention. Le pur esprit kantien, dissocié du monde matériel et de son environnement, aurait eu, selon l’Américain, une influence néfaste sur notre civilisation. Son héritage aurait «dégénéré», son projet «d’émancipation» se serait muté en repli pur et simple. Le philosophe américain critique à contre-courant le siècle qui a mis les droits de l’homme, la démocratisation du savoir et l’esprit critique au centre.

Mickey Mouse

Matthew B. Crawford s’en prend aussi au «remplacement sournois du réel par la réalité virtuelle» et ce, dès l’enfance. Et de prendre pour exemple Mickey Mouse. Pas le Mickey des années 1930 ou 1940, non, mais la série de dessins animés La Maison de Mickey, produite en 2006 et dans laquelle on voit le héros de Disney ajuster sans cesse le réel à sa seule volonté grâce à des gadgets technologiques. C’est la métaphore d’un monde abêtissant, où l’on n’aurait qu’à choisir entre différentes «options» des accessoires «magiques» qui nous assisteraient, mettant le monde, si inquiétant, à distance.

Matthew B. Crawford appelle au contraire à se confronter au monde. On ne peut l’accuser d’idéalisme, lui qui manie le fer à souder et la clé à molette au quotidien. Il rappelle que nous pensons avec notre corps, enchaînant les exemples d’hommes et de femmes attentifs à ce qu’ils font: le pilote de moto, la chanteuse de jazz, le sportif qui s’adonne aux arts martiaux, le facteur d’orgues, sans oublier le cuisinier, le verrier et le hockeyeur. Pour eux, le «penser» et le «faire» sont liés. L’attention est une faculté qui se travaille. «C’est dans la confrontation entre le sujet et le monde extérieur que se forme une image pertinente des deux, le tout sous le signe de la responsabilité.» Et l’auteur d’esquisser une érotique de l’attention, pour rétablir sans délai le contact entre l’homme et le monde. On pourrait la résumer ainsi, sans ironie aucune: «Je répare ma moto, donc je suis.»

Matthew B. Crawford, «Contact. Pourquoi nous avons perdu le monde et comment le retrouver», La Découverte, 348 p.

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