Un business as usual…apocalyptique !

« Malgré des rapports toujours plus étayés sur les conséquences à venir du réchauffement climatique,

je reste persuadé que l’homme n’acceptera la réalité de ce phénomène

qu’à partir du moment où il en subira lui-même les conséquences. » Jean Jouzel

Il n’y a pire sourd et  aveugle que celui qui ne veut ni voir ni entendre. Et le seul remède à cela, depuis des millénaires, a été une bonne rouste …Il n’y a donc plus qu’à attendre ;(

Le club de Rome est un groupe de réflexion (un « think-tank » avant l’heure) réunissant scientifiques, écologistes, universitaires, écologistes, qui a été crée en 1968. La visée est claire : identifier et analyser ce qui est la cause d’une certaine instabilité régnante et des grands problèmes mondiaux, sans distinction de pays, d’écarts de richesse, de développement, etc. Après ces débats, la deuxième volonté du club est de communiquer ces grands problèmes au grand public  tout comme aux grands leaLe club de Rome est un groupe de réflexion (un « think-tank » avant l’heure) réunissant scientifiques, écologistes, universitaires, écologistes, qui a été crée en 1968. La visée est claire : identifier et analyser ce qui est la cause d’une certaine instabilité régnante et des grands problèmes mondiaux, sans distinction de pays, d’écarts de richesse, de développement, etc. Après ces débats, la deuxièmeders du monde…diffusés à l’époque à plusieurs millions d’exemplaires !  Son premier fait d’armes s’avère être le rapport qu’il a émis en 1972, sous le nom de Rapport Meadows (Donella et Dennis Meadows étaient en effet les deux principaux auteurs). Le titre était sans équivoque : Limits to growth (traduit par « Halte à la croissance ? »). Pour beaucoup, ce rapport est le fondement de la pensée écologiste moderne, puisque ses auteurs arguent d’un danger pour la planète, celui d’une croissance économique exceptionnelle, aux dépens de l’environnement ou de ce que G.H Brundtland appellera plus tard le « développement durable ». Douze millions d’exemplaires du rapport ont été vendus, ce qui légitime, toutes proportions gardées, l’appellation de « Bible de l’écologisme ». Beaucoup ont réduit le rapport à l’introduction du terme de « croissance zéro » alors que celui-ci n’est mentionné nulle part. En tout cas, le rapport insiste sur le fait que la croissance économique ne pourrait indéfiniment se poursuivre, à cause des disponibilités limitées des ressources naturelles, notamment pétrolières. Les chocs de 1973 et de 1979 ont, un temps, rendu plus que plausible cette thèse. Néanmoins, 50 ans après ce rapport, on peut constater que la grande majorité de ses prédictions se sont avérées …réalistes et crédibles. Il est donc bien plus resté dans la postérité comme un premier avertissement lancé aux possibles dérives humaines que comme un programme politique « écologique » à suivre absolument.

Notre espèce humaine vit sur cette terre depuis environ 15 000 générations. Jusqu’en 1750, il n’y avait pratiquement pas de croissance du PIB par habitant. Pendant 300 000 ans, les personnes moyennes n’ont connu aucune amélioration globale de leur bien-être au cours de leur vie. Ce n’est qu’au cours des 15 dernières générations, soit à peine 0,001% de l’existence de l’humanité sur terre, qu’il a été accepté et considéré que la vie de tous s’améliore continuellement et rapidement.

«Tout ce qui s’est passé sera de nouveau possible.» Il est donc certainement possible socialement et psychologiquement aux humains de vivre sans croissance. Mais il est certainement impossible politiquement et économiquement aux humains de choisir cette option de manière proactive maintenant. Les politiciens ont besoin de la promesse de plus tard pour maintenir leur engagement en faveur d’accords qui en donnent moins maintenant. Et les financiers exigent la promesse du plus tard pour maintenir la tolérance envers les politiques qui produisent d’énormes inégalités pour la plupart maintenant.

La mascarade du progrès indéfini n’est maintenue aujourd’hui que par une redéfinition continue de la croissance – donnant de plus en plus de poids aux transactions financières qui ne produisent pas de richesse réelle, donnant de moins en moins de poids aux aliments, aux services et aux productions de biens qui augmentent la vraie richesse ; plus de poids pour le coût de la réparation des dommages, moins de poids aux dommages environnementaux qui nuisent à la vie humaine. En fait, le véritable bien-être de la personne moyenne sur cette planète est en baisse depuis quelques années. Ce fait a été masqué par la création d’une dette massive, il n’est donc pas encore généralement reconnu. Mais au cours de ce siècle, il sera de nouveau largement admis que la société se trouve dans une période de croissance nulle ou négative.

Graphique du scénario "business as usual" - Issue du troisième rapport (2004) "The limits to growth"

Dire que quelque chose est possible et inévitable ne veut pas dire que c’est facile et rapide.

Il est possible et facile pour une personne de se déplacer rapidement sur un vélo ou de se tenir à côté d’elle à l’arrêt. Mais passer rapidement du premier état au second, sans blessure, nécessite une réflexion et des compétences considérables. Un grave obstacle prive la société mondiale des idées et des compétences nécessaires pour sortir de son économie en croissance rapide. Les élites du pouvoir actuelles du globe bénéficient à court terme de la grande préoccupation de l’augmentation du PIB et de la focalisation étroite sur les mesures financières pour atteindre cet objectif. Parce que ces élites sont pour la plupart à courte vue, elles utiliseront toutes leurs ressources pour bloquer les efforts visant à inverser la croissance, à diversifier les mesures du bien-être social et à réduire leur propre richesse et leur influence. Parce qu’ils ont encore une énorme influence, je m’attends à ce qu’ils réussissent encore pendant quelques décennies.

Cela ne signifie pas que la croissance se poursuivra indéfiniment. Au lieu de cela, cela signifie que la fin de la croissance sera imposée à la société par des facteurs indépendants de la volonté des élites, tels que la baisse de la disponibilité de l’énergie, la baisse de la qualité des ressources, l’augmentation des perturbations du changement climatique, la baisse des rendements agricoles due à la perte de terres arables, l’augmentation des coûts des services environnementaux – eau potable, air respirable, températures de survie et, peut-être, par les troubles civils provoqués par le déclin de la cohésion sociale produit par l’inégalité massive.

Alors, qu’est-ce qui nous attend ? Au cours des deux prochains siècles, la population mondiale, son énergie et sa consommation de ressources diminueront de 50% ou plus. L’ampleur du chaos et des inégalités au cours de cette transition dépendra davantage des qualités et des objectifs des dirigeants qui émergeront que des formes spécifiques de gouvernance qui évolueront.

Ces formes vont changer. Il y aura une consolidation au niveau communautaire, à mesure que les groupes locaux se réorganiseront pour maintenir leur vie et leurs moyens de subsistance en dépit de leurs conditions changeantes, en choisissant des politiques qui favorisent la résilience plutôt que celles qui favorisent la croissance. Les modes d’organisation tribaux ont servi notre espèce bien plus longtemps que les alternatives – monarchie, autocratie, oligarchie, démocratie. J’espère qu’ils prévaudront à nouveau.

Par Dennis Meadows, 9 juin 2020. Publié pour la première fois dans DIE ZEIT (en allemand) – traduit par Jean-Pascal SCHAEFER

Nous ne savons pas, parce que nous ne voulons pas savoir. » Aldous Huxley

L’humanité est-elle proche d’un effondrement systémique ?

Idem pour le climat…

https://lejournal.cnrs.fr/articles/de-lexpertise-scientifique-a-laction-politique

https://www.linkedin.com/pulse/i-did-data-check-world-model-forecast-global-collapse-branderhorst/?trackingId=t9CSCulcQ%2BSKYol2dYs5yg%3D%3D

(Les Limites à la croissance, Rue de l’Echiquier, coll. “Inital(e)s DD”, 408 p., 25 euros), son premier auteur, le physicien américain Dennis Meadows, 69 ans, a répondu aux questions du Monde.

Quel bilan tirez-vous, quarante ans après la publication du rapport de 1972 ?

D’abord, le titre n’était pas bon. La vraie question n’est pas en réalité les limites à la croissance, mais la dynamique de la croissance. Car tout scientifique comprend qu’il y a des limites physiques à la croissance de la population, de la consommation énergétique, du PIB, etc. Les questions intéressantes sont plutôt de savoir ce qui cause cette croissance et quelles seront les conséquences de sa rencontre avec les limites physiques du système.
Pourtant, l’idée commune est, aujourd’hui encore, qu’il n’y a pas de limites. Et lorsque vous démontrez qu’il y en a, on vous répond généralement que ce n’est pas grave parce que l’on s’approchera de cette limite de manière ordonnée et tranquille pour s’arrêter en douceur grâce aux lois du marché. Ce que nous démontrions en 1972, et qui reste valable quarante ans plus tard, est que cela n’est pas possible : le franchissement des limites physiques du système conduit à un effondrement.

Avec la crise financière, on voit le même mécanisme de franchissement d’une limite, celle de l’endettement : on voit que les choses ne se passent pas tranquillement.

Qu’entendez-vous par effondrement ?

La réponse technique est qu’un effondrement est un processus qui implique ce que l’on appelle une “boucle de rétroaction positive”, c’est-à-dire un phénomène qui renforce ce qui le provoque. Par exemple, regardez ce qui se passe en Grèce : la population perd sa confiance dans la monnaie. Donc elle retire ses fonds de ses banques. Donc les banques sont fragilisées. Donc les gens retirent encore plus leur argent des banques, etc. Ce genre de processus mène à l’effondrement.

On peut aussi faire une réponse non technique : l’effondrement caractérise une société qui devient de moins en moins capable de satisfaire les besoins élémentaires : nourriture, santé, éducation, sécurité.

Voit-on des signes tangibles de cet effondrement ?

Certains pays sont déjà dans cette situation, comme la Somalie par exemple. De même, le “printemps arabe”, qui a été présenté un peu partout comme une solution à des problèmes, n’est en réalité que le symptôme de problèmes qui n’ont jamais été résolus. Ces pays manquent d’eau, ils doivent importer leur nourriture, leur énergie, tout cela avec une population qui augmente. D’autres pays, comme les Etats-Unis, sont moins proches de l’effondrement, mais sont sur cette voie.

La croissance mondiale va donc inéluctablement s’arrêter ?

La croissance va s’arrêter en partie en raison de la dynamique interne du système et en partie en raison de facteurs externes, comme l’énergie. L’énergie a une très grande influence. La production pétrolière a passé son pic et va commencer à décroître. Or il n’y a pas de substitut rapide au pétrole pour les transports, pour l’aviation… Les problèmes économiques des pays occidentaux sont en partie dus au prix élevé de l’énergie.

Dans les vingt prochaines années, entre aujourd’hui et 2030, vous verrez plus de changements qu’il n’y en a eu depuis un siècle, dans les domaines de la politique, de l’environnement, de l’économie, la technique. Les troubles de la zone euro ne représentent qu’une petite part de ce que nous allons voir. Et ces changements ne se feront pas de manière pacifique.

Pourtant, la Chine maintient une croissance élevée…

J’ignore ce que sera le futur de la Chine. Mais je sais que les gens se trompent, qui disent qu’avec une croissance de 8 % à 10 % par an, la Chine sera le pays dominant dans vingt ans. Il est impossible de faire durer ce genre de croissance. Dans les années 1980, le Japon tenait ce type de rythme et tout le monde disait que, dans vingt ans, il dominerait le monde. Bien sûr, cela n’est pas arrivé. Cela s’est arrêté. Et cela s’arrêtera pour la Chine.

Une raison pour laquelle la croissance est très forte en Chine est la politique de l’enfant unique. Elle a changé la structure de la population de manière à changer le ratio entre la main-d’œuvre et ceux qui en dépendent, c’est-à-dire les jeunes et les vieux. Pour une période qui va durer jusque vers 2030, il y aura un surcroît de main-d’œuvre. Et puis cela s’arrêtera.

De plus, la Chine a considérablement détérioré son environnement, en particulier ses ressources en eau, et les impacts négatifs du changement climatique sur ce pays seront énormes. Certains modèles climatiques suggèrent ainsi qu’à l’horizon 2030 il pourrait être à peu près impossible de cultiver quoi que ce soit dans les régions qui fournissent actuellement 65 % des récoltes chinoises…

Que croyez-vous que les Chinois feraient alors ? Qu’ils resteraient chez eux à souffrir de la famine ? Ou qu’ils iraient vers le nord, vers la Russie ? Nous ne savons pas comment réagira la Chine à ce genre de situation…

Quel conseil donneriez-vous à François Hollande, Angela Merkel ou Mario Monti ?

Aucun, car ils se fichent de mon opinion. Mais supposons que je sois un magicien : la première chose que je ferais serait d’allonger l’horizon de temps des hommes politiques. Pour qu’ils ne se demandent pas quoi faire d’ici à la prochaine élection, mais qu’ils se demandent : “Si je fais cela, quelle en sera la conséquence dans trente ou quarante ans ?” Si vous allongez l’horizon temporel, il est plus probable que les gens commencent à se comporter de la bonne manière.

Que pensez-vous d’une “politique de croissance” dans la zone euro ?

Si votre seule politique est fondée sur la croissance, vous ne voulez pas entendre parler de la fin de la croissance. Parce que cela signifie que vous devez inventer quelque chose de nouveau. Les Japonais ont un proverbe intéressant : “Si votre seul outil est un marteau, tout ressemble à un clou.” Pour les économistes, le seul outil est la croissance, tout ressemble donc à un besoin de croissance.

De même, les politiciens sont élus pour peu de temps. Leur but est de paraître bons et efficaces pendant leur mandat; ils ne se préoccupent pas de ce qui arrivera ensuite. C’est très exactement pourquoi on a tant de dettes : on emprunte sur l’avenir, pour avoir des bénéfices immédiats, et quand il s’agit de rembourser la dette, celui qui l’a contractée n’est plus aux affaires.

Stéphane Foucart et Hervé Kempf, Le Monde

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