Qui ose nous demander de choisir entre PIB/confort et climat/avenir ?!

Pour ce qui est de l’avenir,

il ne s’agit pas de le prévoir,

mais de le rendre possible.

St Exupery

« Ce n’est encore pas très grave le Covid, malheureusement, le changement climatique va nous réserver bien pire. » c’est le type de déclaration qui pique un peu mais fait finalement sens et est particulièrement… salutaire.

Merci Janco 😉

Vers quelle impasse l’humanité est-elle en train de s’engouffrer ? Voici une question alarmante et fondamentale à laquelle le grand spécialiste de l’énergie et du climat a tenté de répondre. Dans une vidéo coup de poing, Jean-Marc Jancovici dresse le portrait du monde de demain. Des mots et des images à couper le souffle.

« Le changement climatique a le potentiel de tuer des milliards de gens et de déclencher la guerre partout sur Terre. » Voici les mots sombres et menaçants du conférencier français. Jean-Marc Jancovici est reconnu pour ses analyses précieuses et ses discours percutants sur l’énergie et le réchauffement climatique.

Dans un clip puissant, il expose le difficile dilemme entre économie et émission en dioxyde de carbone, ainsi que les conséquences de la hausse des températures. Car pour lui, sauver la planète, c’est avant tout choisir entre « PIB et CO2 ». Selon Jancovici, le modèle des sociétés occidentales est voué à l’échec, car le système économique est totalement dépendant aux énergies fossiles. Malheureusement, ces énergies non renouvelables ne sont pas pérennes.

Par conséquent, si dans les prochaines années la population mondiale n’a pas diminué drastiquement ses émissions, le réchauffement climatique pourrait être bien au-dessus de 2°C. Cela conduirait à des crises mondiales sans précédent qui engendreront des affrontements virulents au sein de la population.

« On aura des problèmes d’accès à la nourriture, à l’eau, au bois, à des environnements stables… c’est absolument évident que dans ce genre de contexte nous redeviendrons des guerriers.« 

merci https://positivr.fr/video-climat-il-faut-un-covid-supplementaire-tous-les-ans-pour-quon-tienne-la-limite-des-2c/

Last but not least

« Il est trop tard pour sauver la société dans laquelle on vit », selon Jem Bendell, auteur d’« Adaptation Radicale »

« 20 MINUTES » AVEC… Jem Bendell signe l’ouvrage « Adaptation Radicale », la traduction de Deep adaptation qui a inspiré Extinction Rebellion en 2018

L’effondrement est la fin irréversible de nos modes de vie : abris, sécurité, santé, identité, plaisir… C’est la prophétie de Jem Bendell, spécialiste de l’environnement et du développement durable et auteur d’Adaptation radicale (Les liens qui libèrent), qui prévoit ce beau programme pour 2028.

L’article original, Deep adaptation, est devenu un véritable phénomène lors de sa publication en 2018. Téléchargé près d’un million de fois depuis sa mise en ligne, il a inspiré le mouvement de désobéissance civile Extinction rebellion. Jem Bendell revient pour 20 Minutes sur ce texte controversé en forme de cri du cœur.

Le mouvement de désobéissance civile Extinction rebellion s’est inspiré de votre article. Quels sont ses liens avec le mouvement Deep adaptation ?

Ce sont deux mouvements distincts qui se rejoignent sur un constat d’échec de l’environnementalisme. Extinction rebellion se concentre sur une action directe et non violente pour contraindre les gouvernements à la neutralité carbone tandis que Deep adaptation pense qu’il est trop tard pour sauver la société dans laquelle on vit. De nombreuses personnes font partie des deux mouvements. Si vous pensez que l’effort général en faveur de l’environnement a échoué, qu’il est inutile de réformer le système capitaliste pour atteindre la durabilité, alors il est naturel de vous engager pour la neutralité carbone et de vous préparer aux perturbations futures. Il est vrai que certains membres historiques d’Extinction Rebellion ont rejoint le mouvement après avoir lu Deep adaptation, mais certains fondateurs avaient déjà prévu leur action avant la parution de mon article.

« Vous ne pouvez pas court-circuiter la tristesse, si vous pensez trouver un guide pour trouver la sérénité, ce serait un mensonge »

Quelles sont les principales différences entre vos idées et celles de la collapsologie ?

Je ne suis pas expert de cette littérature. Pablo Servigne  et ses collègues ont conclu que l’effondrement de la société a de grande chance de se produire à travers l’analyse d’un large éventail de stress sociaux. J’avais déjà connaissance de ces stress sociaux -notre système financier, les inégalités terribles qui existent, la crise de la biodiversité- lorsque j’ai étudié à nouveau le climat fin 2017. Ma conclusion selon laquelle l’effondrement de la société est inévitable reposait sur la connaissance de ces autres stress, mais je ne les ai pas analysés. La collapsologie a une approche plus large des stress tandis que je me concentre sur le climat. C’est la principale différence.

 

La crise du coronavirus est-elle un premier pas vers cet effondrement dont vous parlez ?

Je n’ai pas de boule de cristal. Nous saurons le dire dans les années à venir. Mais si c’est un premier pas vers l’effondrement, c’est en partie lié au climat. Le changement climatique ajouté à l’érosion de la biodiversité et à la dégradation des écosystèmes rend les zoonoses [les maladies provenant des animaux] plus probables. Si le Covid-19 crée l’effondrement, cela passe par des processus politiques et économiques. Nous observons de plus en plus de personnes issues des classes populaires, dans de nombreux pays, se réclamer des anti-masques, des anti-confinement, et si vous regardez de plus près, ils sont souvent associés à l’extrême droite. L’un des impacts du Covid-19 pourrait être une déstabilisation politique des pays européens.

Vous donnez huit ans avant l’effondrement de la société. Comment sommes-nous censés vivre avec cette idée ?

Il n’y a pas de bonne réponse. Je n’ai aucune légitimité de dire à quelqu’un ce qu’il devrait faire. Dans le livre, je dis qu’il faut en parler, trouver des gens avec lesquels vous pouvez explorer, partager vos émotions difficiles, vos peurs, votre tristesse, votre colère. Parlez de ce que vous pourriez faire et vous trouverez certainement une idée qui vous satisfait. Je suis inquiet lorsque les gens enferment leurs émotions, ou lorsqu’ils se tournent vers toute histoire qui les aide à se sentir en sécurité ou toute autre histoire qui rend quelqu’un responsable. Ces réponses sont utilisées pour manipuler, mais elles n’aident pas les gens. Vous ne pouvez pas court-circuiter la tristesse, si vous pensez trouver un guide pour trouver la sérénité, ce serait un mensonge.

« Nous devons accepter que nous devrons peut-être faire avec beaucoup moins très rapidement »

Par exemple, vous dites que s’exiler au milieu de nulle part pour chercher l’autosuffisance revient à une conception survivaliste des choses. C’est pourtant l’idée de beaucoup de gens et, à en croire certains, rester dans les grandes villes pourrait s’avérer encore plus dangereux en temps d’effondrement…

Je ne décourage pas les gens à partir à la campagne pour cultiver leur potager et trouver leur propre source d’eau. Je les invite à prendre conscience que ça ne veut pas dire qu’ils survivront si la société s’effondre parce que, même si on fait cela, on compte encore sur la société industrielle. Si vous vivez dans un pays comme le Royaume-Uni ou la France, qui compte 66 millions d’habitants. Qu’allez-vous faire de vos légumes si des personnes affamées frappent à votre porte ? L’idée d’aller vivre dans la nature est merveilleuse, mais pour d’autres raisons. Vivre dans la ville pourrait s’avérer moins dangereux si le gouvernement approvisionne les gens en aliments de base. Vous avez plus de chances de les récupérer dans une ville qu’au milieu de nulle part. J’encourage les gens à arrêter de penser de façon individualiste et à privilégier une réflexion sur ce qu’on peut faire collectivement. Comment chaque pays peut-il améliorer sa sécurité alimentaire en gardant en tête les mauvaises récoltes de céréales à venir dans la décennie ? Nous devons accepter que nous devrons peut-être faire avec beaucoup moins très rapidement.

L’une des principales critiques de votre article est qu’en donnant une date à l’effondrement, vous quittez la science. Que répondez-vous à cela ?

Pour moi, c’est une question naturelle : combien de temps nous reste-t-il ? Cela ne me dérange pas de quitter la science sur cette question. La science est presque une langue. Les statistiques, les mathématiques sont des langages qui reposent sur l’épistémologie. Ils ne sont pas la seule façon de chercher à savoir, et ils ne sont certainement pas la seule façon que nous avons d’accéder au savoir. Nous traitons des données dans un monde infiniment complexe. Les gens ont peur, ils s’accrochent à leurs modèles de ce qui est vrai ou faux et de cette façon, ils se détournent des traitements complexes.

C’est-à-dire ?

C’est le sentiment que je me suis forgé à partir de l’analyse de toutes sortes de données et d’un tas d’expériences. Je n’ai pas toujours vécu en Europe, j’ai vu les choses changer et j’ai vu comment le désir de progrès matériel a grandi à travers le monde. Nous avons créé tous ces modes de vie à fort impact carbone. De nombreuses personnes, climatologues et écologistes, vivent dans leur bulle européenne. Ils ne comprennent pas les centaines de millions de gens qui tentent de joindre les deux bouts et qui, pour l’instant, ont besoin des combustibles fossiles pour le faire. Je ne vois pas les choses changer.

« Nous devons nous souvenir que de nombreuses personnes souffrent déjà de notre système »

Dans deux ou trois ans, parlerons-nous de 2020 comme du « bon vieux temps » ?

(Rires). Il faut arrêter de penser qu’on peut parler pour nous tous. Qui est ce nous ? Il y a près de huit milliards de personnes sur Terre. Est-ce de ce « nous » dont nous parlons ? Vont-ils regarder le passé en se disant : « 2020, quelle super année » ? Cette question est une tentative patriarcale d’accéder à un savoir universel sur la condition humaine. Et cette idéologie est la racine de notre destruction. Nous devons reconnaître que chaque individu a une expérience unique de ce monde. Dire aux gens que telle expérience est l’expérience universelle ou qu’on a une connaissance objective de l’expérience des gens est problématique. Certaines personnes se diront que 2020 c’était leur meilleure année. D’autres personnes seront mortes ou seront coincées dans la dépression parce qu’ils auront perdu des êtres chers en 2020.

Le bonheur existera-t-il après l’effondrement ?

Oui, et dans certains cas, encore plus. Nous devons nous souvenir que de nombreuses personnes souffrent déjà de notre système. Il existe des villages de pêcheurs qui ont toujours attrapé, mangé et vendu leurs poissons, et d’un coup cela ne leur rapporte plus rien à cause de la pêche industrielle, à cause de l’appétit de personnes à des milliers de kilomètres, de l’appétit de capitalistes et de banquiers à des milliers de kilomètres. De nombreuses vies ont été détruites par le système actuel. Tout ne sera pas mauvais.
https://www.20minutes.fr/arts-stars/culture/2875123-20201009-trop-tard-sauver-societe-laquelle-vit-selon-jem-bendell-auteur-adaptation-radicale

« Il est trop tard pour sauver la société dans laquelle on vit », selon Jem Bendell, auteur d’« Adaptation Radicale »

« 20 MINUTES » AVEC… Jem Bendell signe l’ouvrage « Adaptation Radicale », la traduction de Deep adaptation qui a inspiré Extinction Rebellion en 2018

la poursuite de la croissance économique est incompatible avec la préservation de la biodiversité

https://www.goodplanet.info/2020/07/14/le-point-de-vue-dun-ecologue-la-poursuite-de-la-croissance-economique-est-incompatible-avec-la-preservation-de-la-biodiversite/

La croissance économique est-elle conciliable avec la préservation de la biodiversité ? À cette question, il convient de réponde afin de déterminer les mesures à prendre afin de sauvegarder la patrimoine naturel. Dans une communication récente dans la revue Conservation Letters sous le titre Biodiversity policy beyond economic growth et résumée en français sur le site du CNRS Perte de biodiversité et croissance économique : quelles politiques ? , les chercheurs appellent à sortir du dogme de la croissance. L’écologue Jean-Louis Martin, directeur de Recherche au Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive du CNRS à Montpellier, qui a pris part à ces travaux, explique dans cette tribune en quoi les paradigmes économiques sont à revoir afin de protéger efficacement les équilibres naturels.

Tôt ou tard l’écologue, par son étude des interactions reliant les êtres vivants entre eux et avec leur milieu, finit par s’interroger sur les conséquences des activités humaines sur le tissu vivant qui nous fait vivre.  Il bute alors sur l’opposition profonde entre sa perception aigüe des limites de la biosphère et l’injonction de croissance à laquelle nos économies sont soumises.

L’injonction de croissance source de perplexité ?

L’injonction de croissance est au cœur de l’économie productiviste. Elle nourrit sa fabrication soutenue de biens de ressources minérales, végétales et animales, et d’énergie. Elle a pour conséquence l’artificialisation des sols, la destruction des milieux naturels, la production de pollutions diverses, des effets sur le climat et une perte irréversible de biodiversité. Elle prospère grâce à la conjonction d’une augmentation phénoménale de la consommation individuelle par toujours plus de personnes, et d’une croissance quasi exponentielle de la population humaine.

Pour l’écologue, cette injonction de croissance sans limite contredit tout ce qu’il observe dans le monde qui nous entoure. La croissance y est temporaire, limitée dans son expression et bornée dans le temps. Il est d’autant plus perplexe qu’il semble admis qu’une dynamique économique intrinsèquement exponentielle puisse s’inscrire durablement dans un monde fini. En effet, un taux de croissance annuel de 2 % appliqué à une consommation de ressources initialement de 100/an viendrait, en appliquant ce taux de croissance à chaque itération, à presque tripler la consommation de ressources annuelle au bout de 50 ans, et à la multiplier par 18 si la croissance annuelle atteignait 6 %.

L’injonction de croissance dans quel but ?

La croissance est souvent acceptée comme une nécessité permettant d’assurer la prospérité des personnes. Cette hypothèse ne résiste guère à l’analyse. En effet, l’indicateur utilisé pour caractériser et quantifier la croissance économique, le produit intérieur brut (PIB), mesure la vitesse de l’économie, les flux de matière qu’elle mobilise, l’intensité du travail rémunéré et les niveaux de consommation de biens des ménages. Il exclut le travail non rémunéré et le bénévolat. Surtout, il n’intègre pas les éléments clés qui définissent le bien-être des personnes comme leur état de santé, l’absence de privation matérielle, la capacité à travailler, l’absence de décrochage scolaire, l’accès à la culture, la justice, la liberté d’expression, la démocratie et un support social de qualité. Si ces indicateurs de bien-être augmentent effectivement en même temps que le PIB pendant une courte période initiale, un découplage s’observe rapidement, avec d’abord un plafonnement, puis une baisse continue des indicateurs de bien-être au fur et à mesure que le PIB continue à augmenter. En Belgique, pour ne citer qu’un exemple, le niveau de bien-être recule depuis 2005.

La rationalité qui sous-tend cette injonction est ailleurs. Elle se trouve dans les constructions intellectuelles qui régissent la mise en place et la gouvernance des économies productivistes. La croissance y est consubstantielle et exige une société mise à son service.  Elle repose sur des présupposés irréalistes, comme la non-prise en compte des limites d’un monde fini, faisant ainsi une lecture partiale et partielle des penseurs auxquels elle se réfère, que ce soit Smith, Ricardo ou Mill. Cette fragilité conceptuelle contraste avec la solidification des données qui documentent les effets négatifs de cette injonction à la croissance perpétuelle sur nos vies, et sur la vie en général.

L’injonction de croissance économique est-elle compatible avec la préservation de la biodiversité et du tissu vivant dont nous dépendons ?

Le constat des effets négatifs de nos activités sur la vie qui nous entoure est très ancien. Au 20ième siècle, ces répercussions ont pris, avec l’apogée du productivisme, une ampleur inégalée. Le constat s’avère simple. La production de biens exige de consommer toujours plus de ressources naturelles, de matières premières et d’espace alors que tous ont des limites et sont de plus en plus difficiles à obtenir. Elle produit des déchets en quantité sans cesses plus importante dans un monde ayant une capacité limitée à les absorber et au prix de modifications profondes de son fonctionnement. C’est ce que montre le défi climatique.

Cela fait près d’un demi-siècle que ce constat s’est hissé au rang des préoccupations internationales à la suite de la première conférence des Nations Unies sur l’environnement en 1972, à Stockholm. Elle faisait échos au rapport du Club de Rome, ou rapport Meadows, publié quelques mois auparavant. Tout y était dit, et l’idée de croissance était radicalement mise en cause. Mais ses conclusions furent englouties par la révolution libérale qui suivit. La motivation de cette révolution n’était probablement pas étrangère aux menaces que ce début de prise de conscience planétaire faisait peser sur des pans entiers du système économique.

Depuis, les conférences des Nations Unies sur l’environnement se sont succédées pour aboutir aujourd’hui à l’IPBES (Plate-forme Intergouvernementale sur la Biodiversité et les Services Ecosystémiques). Ce long processus, dont faisait partie le sommet de la Terre de Rio en 1992, a permis quelques avancées dont une prise de conscience accrue du couplage entre justice environnementale, justice sociale et lutte contre la pauvreté. Parmi les ambitions affichées se trouvait l’arrêt de l’érosion de la biodiversité en 2010. Face à l’échec constaté, de nouveaux objectifs furent fixés lors de la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) à Nagoya en 2010. Ces 20 objectifs, dits d’Aichi, avaient pour horizon 2020… Malgré une visibilité accrue de l’enjeu, l’objectif central, qui était de s’attaquer aux causes sous-jacentes de la perte de biodiversité et de réduire significativement son rythme d’appauvrissement, est loin d’être atteint. C’est ce que confirme le bilan inquiétant établit par le premier rapport d’évaluation de l’état de la biodiversité produit en 2019 par l’IPBES . Une analyse récente par Otero et al. (2020) souligne que les politiques internationales sur la biodiversité et sur la durabilité de nos activités restent ancrées dans le paradigme économique en cours. Ces politiques se basent toutes sur des scénarios de croissance et sur une évaluation de la nature conforme aux attendus de l’économie de marché. Elles font l’hypothèse que des gains d’efficacité dans l’usage des ressources (produire plus en consommant moins) permettraient de découpler croissance et perte de biodiversité. Ce découplage n’a pas eu lieu. De nombreux travaux suggèrent qu’il n’est pas réalisable. Un premier correctif, a minima, suggéré par ces auteurs, serait de tempérer dans les négociations internationales le présupposé favorable à la croissance grâce à une reconnaissance explicite des problèmes que celle-ci pose au maintien de la biodiversité. Un début de reconnaissance semble avoir été amorcé récemment par l’IPBES. Pour aller plus loin, les auteurs proposent que l’IPBES intègre à ses réflexions un scénario de trajectoire socio-économique partagé (SSP) qui prenne en compte l’hypothèse d’une croissance faible, nulle ou négative (SSP0) avec une analyse des effets sur la prospérité, le bien-être social et la biodiversité. Mais, devant l’ampleur du défi à relever, c’est une révision encore plus radicale du fonctionnement, du rôle et de la place de l’économie qui semble devoir s’imposer afin de la mettre sans ambigüité au service des personnes et de la viabilité de leur environnement.

Faut-il penser décroissance ou changer de cadre de référence ?

Il parait en effet nécessaire de s’interroger sur la pertinence du cadre conceptuel retenu pour répondre aux défis qui nous assaillent. Si la décroissance se définit comme le revers du concept de croissance par un PIB négatif, ne s’inscrit-elle pas dans le même schéma mental construit par l’approche productiviste ? Si ce schéma, ses indicateurs et ses fondements idéologiques discutables sont le problème, ne faut-il pas les remplacer par une alternative compatible avec les impératifs de bien-être des humains et non-humains, de justice environnementale et sociale ? Elle devrait se focaliser sur le respect des limites de la biosphère. La production des biens devrait s’inscrire dans les limites des ressources disponibles, être locale chaque fois que possible, et focalisée sur ce qui répond aux exigences du bien-être. Elle devrait éviter de localiser les activités extractives là où elles compromettent la conservation de la biodiversité. Une alimentation produite via une agroécologie centrée sur l’approvisionnement local et non financiarisée, la re-naturalisation de zones artificialisées, des infrastructures évitant le gigantisme et implantées sur des zones déjà utilisées pour le bâti, seraient autant d’éléments clés d’une économie mise au service de la société et d’une planète hospitalière. Les notions de consommateur et de producteur pourraient à nouveau faire place à celles d’usager, de client, de bénéficiaire et de pourvoyeur. Ces mutations faciliteraient le passage d’une société hétéronome, soumise à l’injonction productiviste, à une société plus autonome capable de continuellement réévaluer ses priorités et ses décisions à l’aune du bien-être des humains et non-humains, dans ce qui a pu être vu comme une sobriété heureuse.

Condamnés ou libérés ?

Ces changements de pratiques vers plus de sobriété sont souvent décrits comme nécessitant de gros efforts. Est-ce une certitude ? Sommes-nous vraiment condamnés à faire en voiture des trajets qui n’excèdent pas cinq kilomètres, ou pouvons-nous libérer le cycliste ou le piéton enfermé dans ces voitures ? Sommes-nous condamnés à respirer un air pollué ? Sommes-nous condamnés à produire une nourriture susceptible de nuire à notre santé et à détruire nos sols et la biodiversité pour continuer à alimenter des flux financiers ? Sommes-nous condamnés à une planète surchauffée ? Sommes-nous condamnés à la stratégie de conquête et de compétition en lieu et place de solidarité et de coopération ? Une ville avec un air respirable et plus hospitalière à la vie, des espaces naturels fonctionnels et accueillants, une nourriture plus saine, dont nous connaitrions l’origine et les pourvoyeurs, une nature qui ne soit plus réduite à des ressources et une société où le respect de la vie et du bien-être seraient devenus non-négociables, seraient-ils synonymes d’effort ou de libération ? La question mérite d’être posée.

Pour en savoir plus :

Martin, J.-L., Maris, V. & Simberloff, D.S. (2016) The need to respect nature and its limits challenges society and conservation science. Proceedings of the National Academy of Sciences 113, 6105–6112. National Acad Sciences.

Meadows, D.H., Meadows, D.L., Randers, J. & Behrens, W.W.I. (1972) The limits to growth, 2nd edition. New American Library, New York.

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