Avons nous vraiment compris que l’homme n’est pas au-dessus de la nature, il est dans la nature !!?

La pollution est l’ombre du progrès. 

Sylvain Tesson

Boris Cyrulnik : « On va être obligé de changer et de repenser toute la civilisation »
par France Inter publié le 3 mars 2021

Au micro de Claire Servajean, dans l’émission « Une semaine en France », le neuropsychiatre Boris Cyrulnik interroge notre modèle de développement sous le prisme de la crise sanitaire actuelle. Une épreuve qui révèle, plus que jamais auparavant, les paradoxes de notre civilisation.

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C’est peut-être devenu son principal objet de recherche, celui qui conditionne tous ses autres travaux. Dans son dernier livre, Des âmes et des saisons. Psycho-écologie (Odile Jacob), comme dans l’ensemble de son œuvre, le neuropsychiatre, Boris Cyrulnik, se demande comment soigner les âmes. Il a exploré toutes les approches possibles, passant successivement par la psychologie, la neurologie, la psychiatrie, la psychanalyse, mais aussi l’éthologie humaine, pour ne citer qu’elles.

Cette fois, c’est sur fond de crise sociale et sanitaire que le célèbre auteur a décidé de revenir sur l’influence de l’environnement naturel sur notre propre modèle de développement. Plus que jamais, les paradoxes de notre existence se révèlent au grand jour. C’est ce qu’il sous-entend dans le concept de psycho-écologie, cette relation qui semble trop se distendre entre la nature et notre condition humaine, alors que nous sommes, d’après lui, bien plus sculptés qu’on ne le pense par notre espace naturel.

Notre culture a perdu la boussole, nous naviguons à vue, bousculés par les événements […] Il nous faut reprendre un cap, car nous venons de comprendre que l’homme n’est pas au-dessus de la nature, il est dans la nature

– Boris Cyrulnik, Des âmes et des saisons. Psycho-écologie . Quand notre existence dépend de la prise en compte de notre environnement

Boris Cyrulnik : « Pour la quête du bien-être et la quête du bonheur, pendant longtemps, notre culture nous a fait croire qu’on était au dessus de la nature et que l’homme devait dominer la nature. C’est dans tous les textes sacrés de toutes les religions : l’homme doit dominer les animaux, doit dominer les femmes, les enfants et les hommes faibles et on a composé durant des millénaires avec cette représentation-là.

Ça rendait déjà très malheureux et, surtout, cela nous a conduit à la catastrophe actuelle, car on se rend compte qu’on ne peut pas impunément écraser les autres et qu’il faut respecter un ensemble pour que, nous-mêmes, on soit bien heureux dans cet ensemble. »
De la nécessité de repenser notre civilisation

La civilisation a été trop loin. Par exemple, on consomme beaucoup trop.

C’est la consommation qui a créé le virus

On circule beaucoup trop et beaucoup plus vite. Ce sont les avions qui ont transporté le virus. Avant, c’étaient les bateaux. Avant les bateaux, c’étaient les chameaux, même si ça allait moins vite. Techniquement, le chameau moderne, c’est l’avion. Nous sommes allés beaucoup trop loin, on (notre modèle culturel tel qu’il s’est développé) a fabriqué le virus. On l’a transporté.

Maintenant, on va être obligé de changer et de repenser toute la civilisation

« Nous sommes victimes de nos victoires »

Si la condition humaine se forge aussitôt dans le monde de l’artifice, il faut bien avoir en tête qu’avant d’arriver à la parole, nous avons tous été des bébés aquatiques pendant neuf mois. Nous avons toutes et tous été des mammifères aquatiques. Puis quand nous sommes arrivés au monde, nous sommes devenus des mammifères aériens. À partir de là, on a perfectionné les deux caractéristiques de la condition humaine : l’outil (la technologie) et le verbe (les récits, la philosophie).

On a été tellement loin qu’on a oublié qu’on n’était qu’un simple morceau de nature, qu’on dépendait de la nature et que, si on abimait la nature, on s’abimerait avec.

« Une course au bonheur » qui nuit à notre environnement

Vivre dans un paradis terrestre n’est pas forcément un gage de bonheur :

« Ce qui nous rend heureux, en tant qu’humains, c’est le bien-être, c’est le triomphe contre le malheur. C’est pour ça que les jeunes s’imposent, pour beaucoup, des épreuves. Ils partent dans les ONG, ils partent faire de la montagne… Et ils ont raison parce que, quand ils reviennent, ils ont gagné leur estime de soi, ils sont confiants, ils ont compris que d’autres sont malheureux, ils sont plus relationnels, ils développent leur empathie, le respect de l’autre, l’art de vivre ensemble.

Mais lorsqu’on cherche le bonheur à tout prix, on se rend malheureux, car ce processus passe souvent par la consommation à tout prix.

Cette recherche du bonheur ne peut pas donner sens à la vie.

Une approche de la mort qui nous rendrait aujourd’hui plus vulnérables

Dans les territoires géographiques où tout est à portée de main, les hommes perdent d’une certaine manière le plaisir d’être plus forts que la mort et se fragilisent quant à leur rapport à la mort :

Ce qui donne force à la vie, c’est la lutte contre la mort.

« Une des caractéristiques de la civilisation, ce sont les premières sépultures et le rapport à la mort qu’ont entretenu monsieur et madame Néanderthal, monsieur et madame Cro-Magnon ; de même que les Égyptiens de l’époque antique qui ont beaucoup plus construit pour les morts que pour les vivants ; aussi les chrétiens qui ont longtemps embelli leurs campagnes avec des chapelles et les villes avec des cathédrales.

La lutte contre la mort passait par un mécanisme mental qui consistait à se représenter la mort comme un monde transcendant.

Un monde pour lequel on se contraignait à l’œuvre d’art et à établir des relations correctes, plus qu’à des relations de domination qui tendent à rendre les humains plus malheureux ».
Plus l’isolement social perdure plus il sera difficile de s’en remettre

Du besoin des autres pour se construire soi-même

La crise sanitaire et sociale inflige d’importantes conséquences, depuis un an, sur la santé mentale des Français, y compris pour des gens qui semblaient jusque-là à l’abri car l’absence plus longue de lien social a fortement accentué les ressentis psychologiques. Le neuropsychiatre précise que plus on attend, plus la résilience sera difficile :

« L’isolement sensoriel est une véritable agression neurologique avant d’être une agression psychologique. On sait maintenant que lorsqu’un être vivant est privé de l’altérité, son cerveau n’est plus stimulé, et si ça dure trop longtemps, on voit apparaître des zones d’atrophies cérébrales.

On a besoin des autres pour devenir soi-même. Notre tranquillisant naturel, c’est une bonne relation, un bon lien

Ça veut dire que, actuellement, il n’y a plus de lien. Il y a un isolement sensoriel, un engourdissement devant les écrans, un arrêt de la pensée. De fait, on s’adapte à cette situation en s’engourdissant et on voit que les premiers à avoir craqué, ce sont celles et ceux qui, avant même l’apparition du virus, avaient déjà acquis les facteurs de vulnérabilité. Or, maintenant, on voit des gens qui ont acquis des facteurs de protection, et qui se mettent, eux aussi à leur tour, à craquer ».

La crise actuelle est une expérimentation tragique qui montre à quel point on a besoin des autres pour devenir soi même et être bien

Plus la crise dure, plus ce sera dur psychologiquement

Plus tôt on commence à se réadapter, plus la résilience psychologique sera facile. En revanche :

Si on laisse les gens trop longtemps en isolement, il y aura des anomalies cérébrales qui vont durer… Il faudra travailler beaucoup plus sur le long terme.

Le choix entre « vivre mieux » et « vivre une dictature » ?

Déjà au micro de Claire Servajean, pendant le confinement, Boris Cyrulnik avait affirmé qu’après le confinement « on aurait le choix entre vivre mieux ou subir une dictature. Que le risque, après le chaos social et sanitaire actuel serait de donner le pouvoir à un dictateur ».

L’après confinement selon Boris Cyrulnik : « on aura le choix entre vivre mieux ou subir une dictature »

« J’y pense plus que jamais.

On est vraiment à la croisée des chemins : ou bien il y a le chaos social et va survenir un escroc culturel qui va nous dire « Je suis votre sauveur, je sais comment il faut faire, donc votez pour moi ». Soit dit en passant, vous remarquerez qu’un grand nombre de dictateurs et de régimes autoritaires ont été élus démocratiquement. C’est possible. Il y a des gens qui y pensent.

Mais il y a une autre voie : c’est la renaissance.

Après avoir fracassé notre économie, qu’est-ce qu’on décide de faire ensuite ? On remet en place ce qui a provoqué la catastrophe, ou on cherche à vivre autrement. Alors à ce moment-là, on pourra vivre mieux. On a un choix. On est à la croisée des chemins. »

 

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