Guérir par le jeûne des maladies…incurables !?

 « Chaque génération doit dans une relative opacité,

découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. »

Frantz Fanon / Les damnés de la terre (1961)

Perso, j’y croyais pas vraiment et puis « on » m’en a parlé et …j’ai eu envie de lire cet article ( paru dans Terre Vivante https://www.mariefrancefarre.fr ) de ma compagne … qui m’a un peu retourné 😉

Longtemps décrié par les scientifiques, le jeûne séduit de plus en plus d’adeptes, notamment chez les personnes souffrant des maladies dites de “civilisation” (diabète, cholestérol, cancer). Le jeûne désintoxique mais agit aussi en prévention. Mettre ses intestins au repos est d’ailleurs facile et à la portée de tous.

Le mot “jeûner” peut faire peur à certaines personnes dans notre société occidentale où la surconsommation (de biens et de nourriture)est d’usage. Si l’on considère que nous faisons en moyenne trois repas par jour, sans compter les en-cas grignotés au cours de la journée, on fait vite le constat que notre système digestif n’est jamais au repos, d’autant plus que la plupart des aliments passent en moyenne vingt-quatre heures dans notre estomac et nos intestins; ce qui est au final très énergivore. La privation de nourriture, pendant plusieurs heures ou des journées entières, est un concept qui va donc à l’encontre de notre mode de vie actuel.Quand ils sont blessés, malades ou en période d’hibernation, les animaux sont les premiers à réduire leur apport de nourriture et à se blottir dans un coin de nature. Certains, comme les homards,jeûnent même quand ils muent. Du côté des hommes, que ce soit dans le judaïsme, le christianisme ou l’islam, le jeûne est pratiqué depuis des millénaires, souvent comme un rite de purification. Mais il n’est pas réservé qu’à ceux qui ont une pratique spirituelle, comme nous le rappelle le Dr Lionel Coudron.

Le jeûne est inscrit dans nos gènes, l’homme a la faculté de vivre sur ses réserves. C’est d’ailleurs cette particularité biologique qui lui a permis de subsister aux famines et aux périodes de chasse et de cueillette infertiles ainsi qu’aux aléas climatiques.

INSCRIT DANS NOS GÈNES

Notre organisme est capable de s’adapter physiologiquement à son environnement: nous produisons l’énergie nécessaire à notre survie même lorsqu’on ne s’alimente pas, grâce aux réserves de graisses et d’eau stockées par l’organisme, présentes même chez les personnes les plus maigres. C’est pourquoi, en théorie, la plupart des gens sont capables de survivre sans nourriture (mais pas sans eau) tout en ayant une bonne vitalité pendant trente, voire quarante jours !Jeûner, c’est connaître une restriction alimentaire, une privation de nourriture pendant une période donnée où l’on vit sur les réserves de nourriture de l’organisme. Il existe différents jeûnes, certains étant plus restrictifs que d’autres. Le plus connu est certainement le jeûne intermittent, qui permet de mettre nos intestins au repos durant seize heures. En pratique,il suffit par exemple de prendre son dîner le soir vers 19 h, puis de ne rien manger jusqu’au lendemain 11 h. Cette forme de jeûne alterné est parfaite pour ceux qui ont une vie bien rythmée. Il est facile à mettre en place et peut s’avérer être un bon palier avant d’entamer un jeûne plus long, pour connaître ses sensations et vivre la privation de nourriture sereinement. C’est un excellent outil de prévention des maladies et cela retarderait même le vieillissement cellulaire, comme le démontrent les travaux du gérontologue italien Valter D. Longo. Sarah Juhasz, naturopathe, pratique le jeûne intermittent depuis environ deux ans: «Cette pratique a permis d’améliorer considérablement mon confort digestif (moins de ballonnements, meilleure assimilation et transit) sans perdre de poids, précise-t-elle. Et, chose importante, j’ai pu redécouvrir la vraie sensation de faim et revenir à l’écoute de mes réels besoins physiologiques.»

DE NOMBREUX BIENFAITS

La méthode Buchinger, appelée aussi jeûne thérapeutique, a quant à elle été mise au point il y a plus de quatre-vingt-dix ans par le Dr Otto Buchinger pour des patients souffrant d’un trouble chronique ou dégénératif. Grâce à sa vision naturelle de la santé, il s’est lui-même soigné d’une polyarthrite rhumatoïde douloureuse et invalidante et a fondé une des premières cliniques européennes dédiées au jeûne thérapeutique. Au menu, pas plus de 250 calories par jour, qui sont proposées sous forme de tisanes de plantes médicinales, de jus de fruits coupés d’eau et d’un bouillon clair le soir. Ce trio apporte vitamines, sucre et minéraux. Précisons que le jeûne thérapeutique est très pratiqué en Allemagne, les cures sont parfois même remboursées par la Sécurité sociale. Enfin, citons le jeûne hydrique, où l’on ne boit que de l’eau (sous forme de tisanes ou eau minérale) durant six à sept jours minimum. Il est pratiqué dans de nombreux établissements (séjours bien-être) qui l’associent fréquemment avec des randonnées quotidiennes ou la pratique du yoga.Mettre en veille son système digestif apporte de nombreux bienfaits sur l’organisme, mais aussi sur le mental. Notre corps supporte mieux le manque de nourriture que l’excès. De nombreux travaux scientifiques ont d’ailleurs validé le fait que le jeûne a de nombreuses vertus. Jeûner stimule les forces curatives de l’organisme, permet au corps de se détoxifier en profondeur ou de perdre des kilos superflus. On observe même une amélioration des troubles de l’humeur avec une modification hormonale dans le corps qui se traduit par une augmentation dans le sang des taux d’adrénaline, de sérotonine et de dopamine.

EFFET SUR LA CHIMIOTHÉRAPIE

De plus en plus de chercheurs se penchent sur les effets du jeûne concernant les guérisons des cancers. On sait désormais que jeûner quelques jours avant l’administration d’une chimiothérapie rend cette dernière plus supportable (moins d’effets secondaires ressentis) et plus efficace. De même, les cellules cancéreuses détestent un environnement où il n’y a plus de sucre, leur multiplication a alors tendance à se ralentir.Contrairement aux idées reçues, la sensation de faim disparaît au bout de quelques jours, quand les stocks de glucose (glycogène) sont épuisés et que l’organisme se nourrit des réserves disponibles, c’est-à-dire les réserves protéiques (issues des muscles), puis les réserves lipidiques. Le corps va fabriquer son propre carburant (les corps cétoniques, produits par le foie) qui va remplacer le glucose et permettre de donner de l’énergie à l’or-ganisme. Bruno Hilton, professeur agrégé d’éducation physique et sportive (EPS) à la faculté des sciences du sport de Nancy, précise d’ailleurs que lors de son premier jeûne, il a ressenti une légèreté physique et mentale, et ce, dès le troisième jour : « Mais la pratique régulière du yoga m’a beaucoup aidé à être préparé mentale-ment en amont du stage (respirations profondes, postures inversées, pratiques de nettoyage). »

APPRENDRE À RALENTIR

Thomas Uhl, naturopathe et directeur de La Pensée sauvage, un centre drômois dédié au jeûne, souligne dans son livre Et si on mettait nos intestins au repos que jeûner est un effort, mental et physique. En effet, cela ne consiste pas qu’à arrêter de manger; il faut aussi ralentir le rythme, mettre tout son être en pause. Cela ne signifie pas passer son temps au lit, car il faut pratiquer une activité pour lutter contre la fonte musculaire (deux à trois heures de marche ou de yoga par jour). Mais jeûner devrait s’apparenter à une pause qu’on s’offre, une détox physique, mentale et même numérique! C’est d’ailleurs le meilleur moyen de vivre cette expérience positivement. Ceux qui associent le jeûne à une période de frustration, d’abstinence ou de privation auront plus de mal à tenir sur du court terme.Bien entendu, il vaut mieux se faire accompagner par des médecins compétents ou des naturopathes si vous souhaitez réaliser votre premier jeûne, notamment si vous prenez des médicaments ou souffrez d’une pathologie grave. Le jeûne peut en effet provoquer une crise d’acidose (le troisième jour) qui va entraîner chez certaines personnes des migraines, nausées, douleurs ou autres symptômes (pendant environ vingt-quatre heures) lors des jeûnes hydriques. De même, jeûner sous-entend une descente alimentaire (par paliers) avec la suppression progressive d’aliments dès J-7. La reprise alimentaire doit aussi se faire en douceur. Enfin, comme nous le conseille Bruno Hilton: «Jeûner loin des tentations(repas de famille, sollicitations diverses) est plus facile à vivre, sans parler de la dynamique du groupe que l’on ne peut rencontrer que dans les séjours encadrés, et qui permet que chaque personne se sente soutenue et encouragée. »

CQFD / Article tres instructif et vécu  de Reporterre https://reporterre.net/Pour-guerir-jeuner-en-marchant

L’idée d’un jeûne alimentaire total provoque encore surprise et inquiétude. Il est pourtant un moyen de se réapproprier son corps comme de le purifier, explique l’auteur de cette tribune. Qui, souffrant d’une maladie chronique, a tenté l’expérience une semaine durant et en a été transformé.

Pascal Gémaud est titulaire d’un diplôme de Sciences-Po. Après six années d’un parcours médical infructueux pour soigner une maladie chronique, il s’est tourné vers le jeûne thérapeutique assorti d’activité physique, une semaine durant, en mars 2016.


« Le temps est un grand maigre. » C’est à cette phrase étrange de Balzac que j’ai pensé en scrutant ma silhouette amincie dans le miroir de la salle de bain, mes côtes bien saillantes, mes muscles presque atrophiés, mes cinq kilos en moins et mon visage moustachu, osseux et sec comme la face calleuse des paysans jadis.

Au septième jour de jeûne, le temps s’est comme allongé, et je bascule doucement vers un état de torpeur nonchalante. La délivrance n’est plus très loin.

Le jeûne ? Oui, le jeûne complet, l’arrêt total de l’alimentation sur une période de quelques jours. L’idée provoque souvent une sorte d’étonnement, teinté d’inquiétude. Moi-même, n’ayant jamais vraiment compris l’intérêt des régimes alimentaires — trop souvent associés à la perte de poids — je dois bien avouer que le jeûne d’une semaine me paraissait saugrenu, voire dangereux.

Maintenir le corps actif pour faciliter la détoxification 

Mais il y a parfois des circonstances qui nous obligent à revoir nos a priori. À 22 ans, comme venue de nulle part, j’ai développé une maladie chronique touchant le système digestif. De nos jours, la liste de ces maladies chroniques ne cesse de s’allonger — fibromyalgie, arthrite, cholestérol, maladie de Crohn, etc. À l’heure où celles-ci explosent au sein des populations occidentales, les sciences médicales ne parviennent plus à trouver des solutions durables aux patients.

Dans mon cas, la maladie a été diagnostiquée bénigne malgré la dégradation continue de ma qualité de vie. Pendant six ans, j’ai fréquenté le corps médical et enchaîné les examens. Rien n’y a fait : je me suis vu prescrire systématiquement des médicaments, allant des antalgiques et antispasmodiques jusqu’aux sinistres anxiolytiques et autres antidépresseurs. Ce que la médecine ne sait pas soigner, elle le met sur le compte du psychologique avec sa pharmacopée adaptée.

Seul face à cette maladie étrange, j’ai donc dû chercher hors de la médecine conventionnelle. C’est ainsi que j’ai découvert les différents régimes naturels existants, parmi lesquels le jeûne alimentaire, dont le réseau de pratiquants et accompagnateurs se développent en France.

Pour l’expérience, j’ai donc suivi une semaine de jeûne avec un groupe d’une quinzaine de personnes, à Léoux, dans la Drôme provençale, chez la famille Bölling, une famille allemande établie dans la région depuis 30 ans et pionnière de la pratique du jeûne associé à la randonnée en France depuis le début des années 1990. Car, en effet, selon la méthode Buchinger, pour bien jeûner il ne s’agit pas simplement de cesser de s’alimenter, il faut aussi maintenir le corps actif pour faciliter la détoxification, entretenir l’activité musculaire et respiratoire, et se vider l’esprit grâce à l’effort du corps et au contact avec la nature [1].

Reconsidérer la nourriture et la relation qu’on entretient avec elle 

Que dit un corps qui ne reçoit pas sa dose habituelle de nourriture ? Il panique un peu, certes, mais avec une préparation minimale, la peine est supportable. Elle est passagère surtout, et un corps sans nourriture est un corps qui vit, et qui vit même plutôt bien. C’est d’ailleurs un moment où, par une sorte de réflexe archaïque, le corps entreprend de se nettoyer, comme le fait depuis si longtemps le corps des mammifères, en particulier chez les adeptes de l’hibernation, ou bien encore comme chez l’emblématique manchot empereur, qui est capable de supporter un jeûne de plusieurs mois pendant la période de nidification.

Au matin du premier jour, le vrai, c’est-à-dire celui qui suit la purge, on ressent de légers vertiges, les gestes sont anormalement lents au réveil. On se lève en trois temps, comme un fiévreux, pour marcher doucement vers la bouilloire. De l’eau chaude dans un bol et on a déjà l’impression de déjeuner quelque chose. Et puis, à peine habillé, on se met en train, on marche vers la montagne, simplement, comme un troupeau, tantôt silencieux, tantôt bêlant, véhiculant nulle part et comme indéfiniment nos corps vides, seule façon peut-être d’oublier qu’on ne mangera pas aujourd’hui, seule façon de ne penser à rien, d’occuper son corps pour reposer son esprit.

Car, c’est aussi à cela que sert l’expérience du jeûne : faire une vraie pause, durant laquelle le corps et l’esprit se reconstituent. Il s’agit, en s’en privant, de reconsidérer la nourriture et la relation qu’on entretient avec elle. Jeûner relève probablement d’une hygiène comparable à ces sursauts d’écœurement qui nous font subitement éteindre la télévision, l’ordinateur, le téléphone, et nous enjoignent de quitter ce bruit de fond, lancinant, tout aussi excessif et indigeste, pour prendre le chemin des forêts, des grands espaces, de la nature sauvage.

Un corps tout neuf, un esprit plus frais, plus vif, plus serein 

L’expérience de la faim, qui peut être pénible psychologiquement par moment, est une expérience des limites, un moyen de faire l’examen de nos priorités. La reprise alimentaire constitue par ailleurs un chapitre très important dans l’aboutissement de l’expérience. À la fin de la semaine, nous rompons collectivement le jeûne autour d’une grande table en consommant des pruneaux trempés, une pomme de terre bouillie et des crudités râpés. Un festin qui fait saliver après cette semaine fatigante. Pourtant, de ce maigre repas, je n’en viendrai même pas à bout, rapidement rassasié par quelques bouchées. Mais quelques jours plus tard, j’ai la sensation surprenante d’avoir un corps tout neuf, un esprit plus frais, plus vif, plus serein. Et je me rends compte, deux mois après, de tout l’élan et de la force que m’a apporté cette semaine sans manger. Un regain de santé qui m’a naturellement incité à adopter un régime alimentaire plus sain, réduisant les protéines animales, le sucre raffiné, les laitages et tous les excitants (café, thé noir, alcool).

Selon la méthode Buchinger, pour bien jeûner, il faut aussi maintenir le corps actif pour faciliter la détoxification, entretenir l’activité musculaire et respiratoire, et se vider l’esprit grâce à l’effort du corps et au contact avec la nature.

Jeûner est une expérience de réappropriation de son corps, malade ou pas, ouvrant la possibilité de retrouver sa place dans un monde étrange, permettant une rupture et une grande respiration vis-à-vis d’un quotidien étouffant, vaincre les angoisses, se purifier, se rasséréner, changer ses idées noires et même, peut-être, prendre un nouveau départ. Oui, tout cela, et peut-être même davantage, un antidote à bien des maux sûrement, et qu’il faudrait essayer, au moins une fois, au moins avant d’entrer dans la logique pernicieuse des béquilles médicamenteuses, de la vie sous perfusion, ou de la vie assistée par ordinateur que nous souhaitent tous les adeptes du transhumanisme.

 

 

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