Agriculture & dérèglement climatique : le cercle vicieux …

 « Nous pleurons la destruction de l’Amazonie,

tout en remplissant nos assiettes de la chair d’animaux nourris

avec le soja qui remplace là-bas la forêt pluviale.

Nous nous alarmons de l’érosion de la biodiversité et du réchauffement,

mais nous perpétuons une pratique qui remplace les espaces naturels

et les puits de carbone par des millions d’hectares de grandes cultures dévolues

à nourrir des animaux qui seront abattus sans avoir jamais vu le jour.

Et sans qu’il n’y ait d’autres motifs à cela que le plaisir et l’habitude »

  Stéphane Foucart dans sa chronique du 10 octobre dernier.

La météo comme le climat  est entrain de passer un point de bascule et c’est grave : en 3 nuits, prés de la moitié de la production nationale de fruits et vignoble ont été détruits, rendez vous compte !

Ecoutez cet expert qui en parle clairement…c’est passionnant, catastrophique et très très inquiétant…

Et ça n’est que le début des coûts cachés du dérèglement du climat. Car les épisodes de gel au printemps ne sont pas une découverte. Mais 2021 aura été la pire année en la matière, notamment en raison des fortes chaleurs du mois de Mars pendant lequel des centaines de records de chaleur ont encore été battus. Signe que le climat ne sait plus où il habite, s’en suivent des records de froid seulement quelques jours plus tard.

À Beauvais, par exemple, on note qu’il a fait 24,8°C le 31 mars et – 6,9°C le 06 avril. Un delta historique de 32°C en moins d’une semaine…. et un réveil brutal pour la flore nationale.
Résultat, un tiers de la production viticole française et sans doute la moitié de la production arboricole du pays sont fichues pour cette année. Le gouvernement annonce des mesures importantes d’aides aux agriculteurs dont une enveloppe de 1 milliard d’euros.
Mais pour une « agriculture forte et souveraine  » chère au gouvernement, c’est aussi dans des solutions d’adaptation au changement climatique qu’il va falloir investir.

Le réchauffement climatique aggrave les dégâts dus au gel. Comment expliquer un tel paradoxe ?

Avec des hivers globalement plus doux (et des températures très élevées en mars cette année), la végétation démarre plus tôt. A ce moment, un épisode de gel « normal pour la saison » (rappelez vous que « en avril ne te découvre pas d’un fil ») arrive sur des fleurs sorties plus tôt, et voici la fin des fruits pour l’année.

« Avoir -1, -2, -3°C en avril c’est normal, avoir 28°C en mars, ça ce n’est pas normal. C’est en France où le phasage est le plus défavorable entre floraison et gel  » Serge ZAKA

Cela n’étonnera personne que dans un journal économique on voit avant tout l’affaire sous l’angle des indemnisations. C’est évidemment nécessaire pour les agriculteurs concernés. Mais l’argent ne se mange pas ! Et les assurances seront impuissantes à compenser les pertes de production agricole si ces dernières deviennent amples à cause de la dérive climatique…

Ah au fait, c’est un peu lié 😉

Quelle surface agricole est nécessaire pour nourrir un Français ?

L’ADEME s’est intéressée à la surface nécessaire pour produire l’alimentation de la population française. L’agence estime ainsi que la production annuelle de nourriture pour un Français moyen mangeant de la viande une fois par jour est de 4800 m² par an. Il s’agit de l’empreinte sol, un indicateur qui prend en compte la surface agricole nécessaire pour produire la nourriture d’une personne, les émissions de gaz à effet de serre, les importations de nourritures ou de produits nécessaires à l’agriculture et l’élevage ainsi que sa consommation d’énergie.

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Sarah Martin, ingénieure en alimentation durable à l’ADEME, explique : « même si la viande ne représente que 5 % du contenu de l’assiette, elle représente 50 % de l’empreinte sol d’un consommateur français moyen ». Ainsi, avec un régime entièrement végétal, un Français aurait besoin de seulement 1200 m² d’empreinte sol pour son alimentation tandis qu’un gros mangeur de viande (170 grammes de viande par jour) aura besoin de 5200 m².

La question de la surface consacrée à l’agriculture s’avère importante puisque le gain de terres agricoles s’opère souvent au détriment des milieux naturels dont les forêts qui sont à la fois des puits de carbones et des écosystèmes riches en biodiversité. Antoine Pierart, ingénieur au Service Forêt, Alimentation et Bioéconome de l’ADEME, estime que « les sols sont à l’origine de 95 % de notre alimentation ». Au niveau mondial, la production alimentaire est responsable de 25 % des émissions de gaz à effet de serre. De plus, la dégradation des sols et des écosystèmes contribue au réchauffement climatique. L’empreinte sol dépend donc tant des régimes alimentaires des personnes que de l’offre alimentaire.

Selon les travaux de l’ADEME, la France a actuellement besoin de 26 millions d’hectares pour produire son alimentation. Or, si elle dispose bien d’une surface agricole utile de 28,7 millions d’hectares, elle consacre 12 millions de ses hectares à des productions destinées aux exportations tandis qu’elle importe pour 9 millions d’hectares de produits dont une partie sert à nourrir l’élevage français. Antoine Pierrart précise que la moitié des importations proviennent de l’Union européenne, ce qui en limite l’impact environnemental, mais que « il reste un grand travail à accomplir sur les tourteaux pour nourrir le bétail qui proviennent d’Amérique latine et d’Asie. »

Les produits carnés représentent 40 % de l’empreinte au sol des importations, suivis par le café, le thé et le cacao qui comptent pour 20 % de l’empreinte au sol des importations alimentaires françaises. Sarah Martin rappelle que ces cultures ne sont pas en soi très émettrices de gaz à effet de serre mais que le transport représente une part importante de leur empreinte carbone et appelle en conséquence à conduire « une réflexion sur la modération de notre consommation de ces produits. »

Enfin, le bio présente l’avantage de préserver la biodiversité, mais requiert un peu plus de surface que le conventionnel. Sarah Martin souligne que : « l’empreinte sol dépend avant tout du régime alimentaire. La transition repose donc à la fois sur les efforts du consommateur et sur les progrès au niveau de l’offre. Le bio requiert une plus grande occupation des sols. Mais, il présente d’autres vertus comme préserver les sols et la biodiversité ». L’ADEME préconise donc de sortir des systèmes de production intensif, de réduire la consommation de viande en privilégiant la qualité à la quantité, de relocaliser la production, développer les protéines végétales et de modérer la consommation de thé, de café et de cacao. CQFD …

Julien Leprovost

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